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SOS-TORTURE / BURUNDI

RAPPORT N°92 DE SOS-TORTURE/BURUNDI PUBLIE LE 16 SEPTEMBRE 2017

17 Septembre 2017 , Rédigé par DDH-Burundais

Ce rapport de SOS-Torture couvre la période du 9 au 16 septembre 2017 concernant les violations des droits de l’homme au Burundi.

Au moins sept (7) personnes ont été assassinées au cours de la période. Parmi les victimes figure un homme dont le corps a été découvert dans une tombe rudimentaire enterré à la hâte dans la province Ruyigi. Il n’a pas été identifié comme vivant dans la localité de la découverte macabre. Quatre autres personnes ont été assassinées lors d’une attaque armée à Kinama.

Ce même rapport évoque aussi sept cas d’arrestations arbitraires, des cas de tortures et au moins la disparition forcée d’un opposant politique du parti UPD zigamibanga nommé Léopold Habarugira. Cet opposant politique a été arrêté en plein jour par des agents en civil et  d’autres en tenue de police, mais la police nie avoir procédé à son arrestation ; ce qui laisse craindre une nouvelle disparition forcée et probablement la crainte d’une exécution.

 

  1. Atteintes du droit à la vie et à l’intégrité physique
  • Des individus non identifiés ont assassiné Daniel Gahungu (agé de plus de 90 ans) sur la colline Bihanga, commune et province Gitega (centre du pays) le 9 septembre 2017 dans la soirée. Des proches rapportent que la victime se trouvait chez lui, et que les assassins l’ont ligoté avant de le poignarder.

SOS-Torture Burundi note que la police n’a appréhendé aucun suspect à ce jour.

  • Des individus armés ont assassiné quatre(4) personnes lors d’une attaque au quartier Gikoma, zone Kinama, commune Ntahangwa (nord de la ville de Bujumbura) le 11 septembre 2017 dans la soirée. Des témoins rapportent que les auteurs de l’attaque ont ouvert le feu sur un groupe de personnes. En plus des victimes assassinées, deux personnes ont été blessées.
  • Des individus armés et non identifiés  ont attaqué le bureau de l’Office des Droits de l’homme des Nations Unies au Burundi au quartier Rohero, commune Mukaza (centre de Bujumbura) le 13 septembre 2017 très tôt le matin. Des agents de garde du bureau ont témoigné avoir été menacés par ces hommes armés qui ont emporté du matériel.

SOS-Torture Burundi s’inquiète d’une telle effraction musclée quelques jours seulement après la publication du rapport des experts des Nations Unies qui ont conclu à des crimes contre l’Humanité commis au Burundi et demande à la Cour pénale Internationale d’ouvrir rapidement des enquêtes.

Aussi, les versions des autorités burundaises sur cette attaque sont contradictoires. Dans un premier temps, la police burundaise a nié ces événements ; mais le procureur général a cependant confirmé l’intrusion d’hommes armés dans ces locaux. La police se remarque également par une rapidité à conclure qu’aucune attaque n’a visé le bureau de l’Office des Droits de l’homme des Nations Unies au Burundi alors que les enquêtes se poursuivent. Cette précipitation à faire de telles déclarations font craindre que les enquêtes ne mèneront pas à identifier les auteurs de l’attaque et leurs motivations.

  

 

Ce sont deux communications successives de la police burundaise sur l’attaque du bureau de l’Office des Droits de l’homme au Burundi

  • Des  individus ont assassiné Bellard Icikunze dont le corps a été découvert dans un trou de toilettes rudimentaire dans le quartier Makamba II, province Makamba (sud du pays) le 13 septembre 2017. Des proches rapportent que la victime, un bébé d’une année et 8 mois, était porté disparue depuis le 9 septembre 2017.

SOS-Torture Burundi note que la police a annoncé l’arrestation de trois suspects parmi les membres de la famille de la victime.  

  • Des miliciens imbonerakure ont arrêté et torturé Evariste Ndayishimiye sur la colline Kagazi, commune Rugombo, province Cibitoke (nord-ouest du pays) le 13 septembre 2017 dans la soirée. Le média en ligne Sos Médias Burundi rapporte le témoignage de la victime qui affirme avoir reconnue deux de ses agresseurs qui agissaient durant leurs activités illégales de patrouilles nocturnes.

SOS-Torture Burundi note cependant que la police n’a ouvert aucune enquête sur l’agression pour arrêter les auteurs et les traduire en justice. Ces actes, en restant impunis, vont davantage conforter les miliciens imbonerakure dans leurs violations des droits de l’homme. 

 

 

Evariste Ndayishimiye, jeune homme torturé par des miliciens imbonerakure (photo de la victime publiée par Sos Médias Burundi)

  • Des individus non identifiés ont assassiné un individu dont le corps a été découvert sur la colline Masazi, zone Biyorwa, commune Butaganzwa, province Ruyigi (Est du pays) le 14 septembre 2017. Des témoins rapportent que le corps a été enterré à la hâte dans une tombe rudimentaire sur cette colline, mais que la victime n’a pas été identifiée. C’est un agriculteur local qui a alerté les voisins et les autorités administratives après avoir découvert le corps. La victime portait un jeans et avait des traces de blessures sur tout le corps.

SOS-Torture Burundi ne doute pas que la victime fait partie des personnes régulièrement enlevées puis portées disparues que les ravisseurs jettent dans les provinces lointaines du lieu d’enlèvement dans le but de camoufler le corps et l’identité de la victime. La police et le parquet doivent chaque fois ouvrir une enquête pour identifier la victime ainsi que les auteurs de l’assassinat conforment aux exigences de l’article 71 du code de procédure pénale, en cas de découverte d’un corps sans vie d’une personne.

  • Des individus non identifiés ont tenté d’assassiner un jeune homme sauvé in extremis par des passants alors qu’il gisait agonisant sur le canal de la rivière Dogodogo, entre les collines Kagazi et Mparambo II, commune Rugombo, province Cibitoke (nord-ouest du pays) le 14 septembre 2017. Des témoins rapportent que la victime, pas encore identifiée, a été enlevée à son retour de la République Démocratique du Congo (RDC) à la frontière de Gatumba en commune Mutimbuzi (ouest du pays).

SOS-Torture Burundi craint pour la sécurité de la victime qui, au lieu d’être soignée et mise en sécurité, a été cachée dans les locaux du service national des renseignements de Cibitoke. Les personnes qui l’ont secouru ont également été incarcérées au cachot de police de la commune Rugombo. Il s’agit d’une tentative visant à faire disparaitre la lumière sur la tentative d’assassinat. La victime est toujours en danger et les responsables du service national des renseignements n’ont pas communiquél’identité de la victime.  

 

  1. Atteintes du droit à la liberté et à la sécurité physique 

 

  • Des agents du service national des renseignements ont arrêté Yesefu Yolamu et Amossi Paulini au centre de la province Cibitoke (nordouest du pays) il y a plus de deux mois. Il s’agit de deux hommes de nationalité tanzanienne originaires des communes Rukwa et Remela en Tanzanie. Des témoins rapportent qu’ils ont été arrêtés à leur arrivée au Burundi, accusés de collaborer avec des groupes rebelles.

 

SOS-Torture Burundi a aussi appris des témoins que les deux hommes ont été torturés par les agents du SNR, avant qu’ils ne soient remis à la police pour être incarcérés au cachot. Aucune charge ne pèse sur ces deux hommes, et la durée de détention préventive légale a été largement dépassée et violée. La police doit les remettre en liberté.   

 

  • Le responsable de police de la commune Bweru a arrêté Sylvain Kaganagiza sur la colline Kirambi, commune Bweru, province Ruyigi (Est du pays) le 9 septembre 2017. Des témoins rapportent qu’il l’a ensuite torturé et mis au cachot alors que la victime saignait et que son état de santé se dégradait. La victime, qui est un enseignant, a passé la nuit agonisant au cachot et n’a été relâché que le lendemain par le même chef de police de Bweru suite aux cris d’alerte d’autres détenus du cachot.

 

SOS-Torture Burundi note que ce responsable de police de Bweru est toujours libre de ses mouvements malgré qu’il ait torturé de jour un homme  alors qu’il s’agit d’une infraction prévue et punie par le Code Pénal  Burundais. Il a également proféré des menaces envers M. Kaganagiza en lui intimant l’ordre de s’inscrire sur la liste des militants du parti au pouvoir CNDD FDD, au risque de subir à nouveau le même sort. Les responsables hiérarchiques de police ainsi que le parquet doivent ouvrir une enquête pour arrêter l’auteur de ces tortures et le traduire en justice.

 

  • Des miliciens imbonerakure ont attaqué des habitants de la colline Kibago, commune Kibago, province Makamba (sud du pays) le 9 septembre 2017. Des témoins rapportent que les miliciens ont ordonné à toutes les personnes rencontrées sur leur chemin de quitter les lieux, en leur imposant un couvrefeu. Ils ont grièvement blessé quatre de ces habitants qui avaient refusé d’exécuter un ordre illégal, en les tabassant avec des gourdins.

 

SOS-Torture Burundi note que ces arrestations illégales et l’imposition de la force interviennent lors d’activités de patrouilles que les miliciens effectuent. Ils se substituent également aux forces de l’ordre en usant de la violence.

 

  • Des individus dirigés par le chef de zone Butezi, commune Butezi, province Ruyigi (Est du pays) ont torturé Appolinaire Ntikazohera, Antoinette et Dominique le 9 septembre 2017. Des témoins rapportent que les victimes ont été arrêtées et torturées le lendemain de l’assassinat à la machette de trois membres d’une même famille (cfr point 3 de ce rapport).

 

SOS-Torture Burundi note que ces victimes ont été hospitalisées mais emprisonnées au commissariat de police dès leur sortie d’hôpital. La police doit relâcher ces personnes et poursuivre le chef de zone Butezi prénommé Daniel qui a procédé à leurs tortures. 

 

  • Deux jeunes membres de la milice imbonerakure ont tenté de kidnapper Marcelline Ryuname (70 ans) et Edouard Bizabigomba sur la colline Ruharo, commune Nyabitsinda, province Ruyigi (Est du pays) le 11 septembre 2017 vers 4 heures du matin. Des témoins rapportent que ces jeunes miliciens nommés Donatien Rujo et Ntiharirizwa ont démoli les enclos de leurs maisons. Cela a alerté les voisins qui ont accouru pour empêcher que ces jeunes du parti au pouvoir n’emmènent de force les victimes, avec un risque de disparition forcée.

 

SOS-Torture Burundi a aussi appris des témoins que les miliciens imbonerakure  attrapés en flagrant délit ont déclaré avoir été envoyés par des policiers pour arrêter Mme Ryuname et M. Bizabigomba. Les agents de la police ont cependant nié toute implication dans cette tentative de kidnapping. SOS-Torture Burundi note par contre que les agents de la police n’ont pas interpelé les jeunes miliciens qui se sont introduits au domicile de deux personnes et tenté de les kidnapper.  

 

  • Des individus armés ont arrêté et enlevé Léopold Habarugira au quartier Mutanga Nord, zone Gihosha, commune Ntahangwa (nord de la ville de Bujumbura) le 12 septembre 2017. Il s’agit d’un cadre du parti d’opposition UPDZigamibanga et ancien membre du parti au pouvoir CNDD FDD. Son épouse, témoin oculaire de l’enlèvement, a témoigné avoir vu trois hommes dont l’un portait l’uniforme de la police nationale burundaise et deux autres en civil et armés.

https://pbs.twimg.com/media/DJo9mu2XoAA-AvS.jpg

M. Léopold Habarugira, arrêté et porté disparu depuis le 12 septembre 2017

 

SOS-Torture Burundi note une disparition forcée avec un risque d’exécution de M. Habarugira. Cette crainte est accentuée par les déclarations de la police qui a nié toute arrestation de cet opposant politique sur les réseaux sociaux ; et annoncé l’ouverture d’enquête deux jours après la disparition de la victime.

 

 

 

La police burundaise communique de manière contradictoire sur l’enlèvement de M. Habarugira

 

SOS-Torture Burundi note également que l’arrestation, l’enlèvement et la manière de communiquer de la police sur cette affaire ressemblent au cas de M. Hugo Haramategeko, un autre opposant qui dirigeait la Nouvelle Alliance pour le Développement du Burundi (NADEBU), arrêté à son domicile et porté disparu depuis le 9 mars 2016 (cfr rapports 13 et 14 de Sos-Torture Burundi : http://sostortureburundi.org/wp-content/uploads/2016/10/SOS-TORTURE-BURUNDI-RAPPORT-N%C2%B013.pdf et http://sostortureburundi.org/wp-content/uploads/2016/10/SOS-TORTURE-BURUNDI-RAPPORT-N%C2%B014.pdf ). La police a sans cesse nié l’arrestation de M. Haramategeko, pourtant confirmée par ses proches et des témoins car étant intervenue la journée ; tout comme M. Léopold Habarugira.

 

M. Hugo Haramategeko, arrêté et porté disparu depuis plus d’une année

 

 

 

  1. Une victime d’attaque a succombé de ses blessures

 

M.Samuel Ntirambepa, un homme grièvement blessé lors d’une attaque à la machette le 8 septembre 2017, a succombé de ses blessures le 14 septembre 2017 à Ruyigi. Cet homme avait été attaqué en même temps que son fils Célestin Itangakubuntu et sa belle-fille Claudette Irankunda sur la colline Muyange, commune Butezi, province Ruyigi (Est du pays) le 8 septembre 2017 (cfr rapport Sos-Torture Burundi N°91 : http://sostortureburundi.org/wp-content/uploads/2016/08/SOS-Torture-Burundi-nume%CC%81ro-91-en-Fr.pdf).

 

Les trois victimes avaient obtenues gain de cause dans un procès de litige foncier les opposant à 800 familles, toutes expulsées par le tribunal suite à la décision. SOS-Torture Burundi note que la Cour Suprême a décidé d’annuler le jugement. Cependant, cette décision intervient après que le pire se soit produit avec l’assassinat macabre de trois membres d’une même famille.

 

 

 

                       

 

 

 

La campagne SOS-Torture/Burundi a été initiée dans l’objectif d’informer l’opinion nationale et internationale sur les violations graves des droits de l’homme en cours au Burundi à travers des rapports de monitoring notamment sur la torture, les arrestations arbitraire,  les disparitions forcées, les violences sexuelles et les exécutions sommaires.

Cette initiative d’informer sur les réalités du pays a fait suite au carnage d’une centaine de personnes tuées au cours la journée du 11 décembre et celle du 12 décembre 2015 par des policiers et des militaires sous le prétexte de poursuivre des rebelles qui venaient d’attaquer des camps militaires situées à la périphérie de la capitale

Les zones touchées sont dites contestataires du troisième mandat du Président Nkurunziza à savoir  Musaga, Mutakura, Cibitoke,  Nyakabiga, Jabe, les deux dernières étant situées au centre la Mairie de Bujumbura.

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