Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
SOS-TORTURE / BURUNDI

RAPPORT N°89 DE SOS-TORTURE/BURUNDI PUBLIE LE 26 AOUT 2017

27 Août 2017 , Rédigé par DDH-Burundais

Ce rapport de SOS-Torture couvre la période du 19 au 26 août 2017 concernant les violations des droits de l’homme au Burundi.

Au moins sept (7) personnes ont été assassinées au cours de la période. Parmi les victimes figure une femme veuve  exécutée froidement  et jetée dans la rivière Jiji dans la province Bururi. La victime, Noëlla Masabarakiza, n’a été identifiée par ses proches que quatre (4) jours après la découverte de son corps. Près de neuf (9) personnes ont aussi été blessées : certaines sont des victimes d’attaques à la grenade, tandis qu’au moins trois (3) enfants ont été blessés par une grenade  qu’ils utilisaient comme un jouet..

Le rapport évoque aussi six (6) arrestations arbitraires dans différentes localités, dont un technicien anesthésiste arrêté sur ordre du gouverneur de Makamba (sud du pays). Cet homme a aussi été victime d’une justice expéditive, du fait qu’ il a été condamné à 13 ans de prison 24 heures après son arrestation, et  suivant la fameuse procédure de flagrance.

SOS Torture Burundi tient à souligner que  procédure faite  par le tribunal de Grande Instance Makamba était illégale car la personne a été arrêté par une personne qui n’a pas les prorogatives mais aussi les exigences des articles 110 et 208 du code  de procédure pénale qui parlent des conditions nécessaires pour l’application de la procédure de flagrance ont été violées.

Les miliciens imbonerakure jeunes du parti CNDD FDD continuent à commettre impunément des violations des droits de l’homme. Au moins six (6) personnes ont été passées à tabac par les miliciens sur différentes collines de la province Ruyigi (Est du pays) sans que la police intervienne.

Sos-Torture Burundi évoque aussi les conditions sécuritaires précaires des réfugiés burundais du camp de refugies  de Lusenda en République Démocratique du Congo.

 

  1. Atteintes du droit à la vie et à l’intégrité physique
  • Des individus non identifiés ont assassiné Noëlla Masabarakiza dont le corps a été découvert près du pont de la rivière Jiji séparant les communes de Bururi et Songa, province Bururi (sud du pays) le 19 août 2017. La victime était dénudée, avec les bras ligotés dans le dos à l’aide d’une corde, signe d’une exécution.

Sos-Torture Burundi note que la police et l’administration ont ordonné l’évacuation du corps à la morgue, et non l’enterrement à la hâte comme cela s’est remarqué pour plusieurs victimes exécutées et retrouvées dans des rivières. Cela a permis l’identification de la victime par ses proches le 23 août 2017 après la découverte macabre et l’incertitude liée au fait que la famille n’avait aucune nouvelle de la victime depuis la veille de la découverte de son corps.

Mme Masabarakiza était veuve, et habitait la province de Gitega avec son enfant. Elle était également gérante d’un bar dénommé Cercle situé dans les enceintes de la SOSUMO (Société sucrière du Moso) à Rutana (sud-est du pays) où se trouvait le domicile conjugal  avant le décès de son  mari. La police et le parquet de Bururi n’ont arrêté aucun suspect à ce jour.

 

Le corps de la victime au moment de sa découverte dans la rivière Jiji

 

  La victime avait les bras ligotés dans le dos

 

  Mme Noëlla Masabarakiza de son vivant

  • Des individus non identifiés ont attaqué à la grenade un cabaret(Bistrot) dénommé ‘Butezi’ au centre de la ville de Gitega (centre du pays) le 19 août 2017 dans la soirée. Les auteurs de l’attaque ont blessé trois(3) personnes.
  • Des individus non identifiés ont assassiné Ananie Habonimana sur la colline Rusengo, commune Gashikanwa, province Ngozi (nord du pays) le 19 août 2017. La victime est un jeune élève. Des proches rapportent qu’il aurait été éliminé par des miliciens imbonerakure de la localité, pour avoir refusé de patrouiller à leur côté la nuit. La police n’a identifié aucun suspect à ce jour.  
  • Un individu non identifié a largué une grenade au centre de la commune Rusaka, province Mwaro (centre du pays) le 20 août 2017 dans la soirée. Des témoins rapportent que des policiers postés à proximité ont riposté par des tirs imprécis, et ont blessé deux personnes qui tentaient de se mettre à l’abri après l’explosion de la grenade.  
  • Des individus non identifiés ont assassiné à la machette René Ntahompagaze dans la province Muramvya (centre du pays) le 20 août 2017. Des proches rapportent que la victime avait à l’époque échappée de justesse à une attaque à la grenade. Aucun suspect n’a été arrêté par la police à ce jour.
  • Des individus non identifiés ont assassiné Rogatien Gahungu dont le corps a été découvert sur la colline Gitongo, commune Mutaho, province Gitega le 21 août 2017. Des témoins rapportent que la victime portait des traces de blessures à la tête, au ventre, au cou et ses testicules avaient été coupés. M. Gahungu vivait de ses activités de transporteur à vélo dans la localité.

Sos-Torture Burundi note l’arrestation de quatre(4) suspects, mais la police n’a pas communiqué leurs identités.   

  • Imelde Mbabarempore a été assassinée à Dusozi, commune Butaganzwa, province Ruyigi (Est du pays) le 21 août 2017. Des proches rapportent que son mari nommé Léonidas Barengayabo est l’auteur du crime. Il aurait agi suite à une dispute liée à la présence de la maitresse du présumé coupable.

Sos-Torture Burundi note qu’après le crime, des habitants de la localité dont des jeunes membres de la ligue imbonerakure du parti au pouvoir ont poursuivi le présumé criminel et l’ont grièvement torturé jusqu’à perdre connaissance et tomber au coma. La police n’a arrêté aucun suspect lié au lynchage.   

  • Des individus non identifiés ont assassiné à coups de poignard un certain Joseph Karikurubu  sur la colline Gabiro, zone Ruvyagira, commune Rugombo, province Cibitoke (nord-ouest du pays). Des témoins rapportent que la victime travaillait comme veilleur de champ de citronniers. 
  • Une grenade a grièvement blessé trois(3) enfants sur la colline Gishubi, commune Butaganzwa, province Ruyigi (Est du pays) le 23 août 2017. Des proches rapportent que les enfants nommés Alexis Niyokwizera, Trésor Hafashimana et un troisième accompagnaient un troupeau de chèvres lorsqu’ils ont trouvé la grenade. Ne sachant pas ce que c’était, ils ont joué avec l’engin qui a explosé.

La police n’a pas encore déterminé comment l’engin explosif s’est retrouvé dans la nature.

SOS Torture Burundi trouve urgent le désarmement de la population civile pour éviter ces incidents grave.

  • Un individu a assassiné un enfant âgé de 14 ans sur la colline Mukungu, commune Nyanza lac, province Makamba (sud du pays) le 24 août 2017 dans la soirée. Des proches rapportent que l’oncle paternel de la victime a été arrêté par la police, comme principal suspect ; mais la police n’a pas encore communiqué les mobiles de cet assassinat.
  • Des individus non identifiés ont attaqué à coups de machettes Pascasie Karabagega sur la colline Mparambo, commune Rugombo, province Cibitoke (nord-ouest du pays) le 24 août 2017. La victime a été grièvement blessée puis dérobée de ses biens, et rapporte que ses bourreaux étaient au nombre de cinq (5). La police n’a pas encore identifié de suspect.

 

  1. Atteintes du droit à la liberté et à la sécurité physique 

 

  • Des agents de la police ont arrêté quatrevingt-dix-huit (98) personnes dans les enceintes du campus universitaire de Mutanga, commune Mukaza (centre de Bujumbura) le 19 août 2017. Ces arrestations ont eu lieu après une opération de fouille et perquisition depuis très tôt le matin par de nombreux policiers lourdement armés, dont des agents de la Brigade Anti-Emeute (BAE) régulièrement impliqués dans des violations des droits de l’homme depuis le début de la crise.

 

Sos-Torture Burundi note que toutes les personnes arrêtées sont des étudiants de l’Université du Burundi et leurs camarades d’autres institutions supérieures qui logeaient dans le campus Mutanga ; avec une prédominance d’étudiants en fin de cycle universitaire (au total 78 étudiants) qui écrivaient leurs mémoires. Ces arrestations interviennent par ailleurs après des jours de tension causée par les rondes nocturnes des étudiants issus du parti au pouvoir CNDD FDD, qui s’en prennent à leurs camarades non membres de ce parti. La police doit clairement indiquer les charges  retenues contre ces étudiants, et les relâcher dans le cas contraire.  

 

  

Des policiers de la BAE lors de l’opération au campus Mutanga

 

  • Des miliciens imbonerakure ont arrêté illégalement et tabassé Richard Ntakarutimana et Jean Marie Ndayishimiye sur la colline Mwumba, commune Mutaho, province Gitega (centre du pays) le 19 août 2017 dans la soirée. Des témoins rapportent que les miliciens imbonerakure reprochaient aux deux jeunes hommes d’avoir descendu de son mât le drapeau de leur parti CNDD FDD.   

 

  • Des agents de la police ont arrêté Donatien Bihumugani et Salvator Budigoma au centre de la commune Rusaka, province Mwaro (centre du pays) le 20 août 2017. Les deux personnes sont des enseignants, et la police a mené ces arrestations après une attaque à la grenade dans la commune Rusaka (voir point 1 de ce rapport).

 

Sos-torture Burundi a appris des proches que M. Bihumugani est aussi un membre du parti d’opposition FRODEBU (Front pour la Démocratie au Burundi), et dénonce des arrestations arbitraires.  

 

  • Des miliciens imbonerakure ont tabassé Triphonie Muhayimana (38 ans) sur la colline Kirasira, commune Butezi, province Ruyigi (Est du pays) le 20 août 2017. Des témoins rapportent que le groupe était dirigé par le nommé Mabuye. Les miliciens ont également jeté des pierres sur la victime, blessant un bébé de deux mois que Mme Muhayimana portait  dans son dos.

 

Sos-Torture Burundi note que la police n’a ouvert aucune enquête, alors que deux (2) personnes dont un bébé ont failli y laisser la vie. Le tort de Triphonie Muhayimana est d’avoir dénoncé le commerce illégal de boissons alcoolisées prohibées.   

 

  • Des agents de la police ont arrêté Thomas Harerimana au centre de la commune Makamba, province Makamba (sud du pays) le 21 août 2017. Il s’agit d’un technicien anesthésiste exerçant à l’hôpital de Makamba. Des proches rapportent que l’arrestation a été ordonnée et dirigée par le gouverneur de la province Makamba nommé Gad Niyukuri, après une opération chirurgicale sur un patient à l’issue de laquelle ce dernier est décédé.

 

Sos-Torture Burundi note que M. Harerimana est accusé de non-assistance à personne en danger. Cependant, aucune expertise médicale n’a été menée pour appuyer ces charges. Il se remarque également une implication inappropriée du gouverneur de province, qui laisse craindre une arrestation arbitraire étant donné le le gouverneur n’a pas les prorogatives  de procéder  à l’arrestation d’une personne..

 

Par ailleurs, une justice expéditive a été appliquée dans cette affaire, avec une condamnation à 13 ans de prison décidée en moins de 24 heures (le 22 août 2017) par les juges du Tribunal de Grande Instance de Makamba contre Thomas Harerimana. En plus de cette condamnation à la prison, les juges ont imposé une indemnité de 5.200.000 francs à verser par l’intéressé à la famille du patient, ou 25 ans de prison de plus en cas d’insolvabilité.

 

  • Des militaires ont arrêté Innocent, Emery Niyongere et une femme identifiée comme la patronne des deux premiers au centreville de Bujumbura le 21 août 2017 dans un bureau de secrétariat public. Des témoins rapportent que le matériel de travail a été saisi et emporté lors de l’arrestation. L’armée n’a pas communiqué les raisons de ces arrestations.

 

Sos-Torture Burundi a cependant appris de certains témoins que les militaires seraient à la recherche de documents dérobés à l’état-major de l’armée, et qui auraient été utilisés dans ce secrétariat public par l’auteur du vol.

 

  • Des miliciens imbonerakure ont passé à tabac Médiatrice Nizigiyimana (17 ans) sur la colline Muyange, zone Mubira, commune Butezi, province Ruyigi (Est du pays) le 22 août 2017 vers 6 heures du matin. Le groupe était dirigé par le nommé Elie (20 ans). des témoins rapportent que le tort de cette fille mineure  est d’avoir décliné les avances d’un membre de la milice imbonerakure qui la courtisait.

 

Sos-Torture Burundi note que les miliciens imbonerakure imposent par la force et la violence leur bon vouloir sur les collines. L’administration et la police restent silencieuses face aux cas de violations impliquant ces miliciens. 

 

  • Le chef de la police de la commune Mabanda, province Makamba (sud du pays) a arrêté Salvator le 22 août 2017. Des témoins rapportent que cet officier accuse cet homme d’avoir lancé des pierres sur la maison de son voisin. Le même officier a aussi ordonné l’arrestation de la fille de M. Salvator.

 

Sos-Torture Burundi note que l’agent de police judiciaire en charge du dossier a jugé insuffisantes les accusations et décidé leur libération. Cependant, Salvator et sa fille restent victimes d’arrestation arbitraire puisqu’ils sont maintenus en détention par le chef de poste de Mabanda.

 

  • Des miliciens imbonerakure ont arrêté et passé à tabac Ngarama et son épouse Minani sur la colline Ruharo, commune Nyabitsinda, province Ruyigi (Est du pays) le 22 août 2017. Des témoins rapportent que le groupe de miliciens était dirigé par Ferdinand Kanani, qui reproche au couple de s’être disputé avec l’un de leurs beauxfrères. Les mêmes miliciens ont exigé au couple de leur payer 15.000 francs pour qu’ils cessent leurs tortures.

 

Sos-Torture Burundi note une recrudescence des cas de violations commises dans la province Ruyigi par des miliciens imbonerakure qui jouissent d’une impunité totale. Le nommé Ferdinand Kanani est régulièrement cité dans des cas de torture, mais n’a jamais fait objet d’enquête malgré les nombreuses victimes sous sa responsabilité  (cfr rapport Sos-torture Burundi N°86 : http://sostortureburundi.org/wp-content/uploads/2016/08/SOS-Torture-Burundi-nume%CC%81ro-86-en-Fr-1.pdf).

 

  • Des agents de la police ont arrêté Edouard Nkunzimana sur la colline Ruhinga, zone Nyagasasa, commune Mugamba, province Bururi (sud du pays) le 24 août 2017. Des proches rapportent que ces agents n’ont pas donné les raisons de cette interpellation.

 

 

  1. Situation des réfugiés burundais dans les camps des réfugiés

 

Les réfugiés Burundais basés au camp de Lusenda en République Démocratique du Congo rapportent des conditions de vie très difficiles dans le camp. Le camp de Lusenda est situé dans la province Sud-Kivu (Est de la RDC), dans le territoire de Fizi du secteur Tanganyika. Le camp est construit à moins de 2 km de la rive du lac Tanganyika servant de frontière entre le Burundi et la RDC. Le camp de Lusenda se trouve également à 65 km du poste-frontière de Kavimvira. A l'ouest du camp se trouvent les hauts plateaux surplombant le camp, un milieu abritant de nombreux groupes rebelles. Au sud du camp, il y a les localités de Sebele, Baraka (à 22km) et Malinde qui sont aussi des milieux abritant le groupe des Mai mai Yakutumba.

  • La situation géographique est déjà un principal défi pour la sécurité des réfugiés qui vivent ainsi dans une zone de conflits, avec la présence de plusieurs bandes armées et groupes rebelles de parts et d'autres du camp de Lusenda.

Des réfugiés burundais ont aussi été déportés contre leur gré vers le Burundi. Ces réfugiés sont arrêtés par les services de renseignements et la police congolaise sans mandats, qui les accusent d’atteinte à la sûreté de l'État avant de les remettre à la police burundaise. Avant d’être déportés, les réfugiés burundais arrêtés à Lusenda sont détenus et parfois tabassé dans les cachots. Certains réfugiés rapportent avoir été menacés et intimidés par des agents de police congolaise qui leur disent qu’ils retourneront au Burundi de force et sous les balles. Il faudrait délocaliser les réfugiés Burundais vers un autre camp, car celui de Lusenda se trouve beaucoup trop près de la frontière avec le Burundi et les réfugiés ne se sentent pas en sécurité. 

Les mêmes témoignages des réfugiés révèlent une corruption entretenue par la police congolaise. Ainsi, pour approvisionner en nourriture et en eau un réfugié Burundais détenu, ses proches doivent chaque fois verser 500 francs au garde. Pour sortir du cachot, il faut verser entre 10.000 et 100.000 francs.

  • Le système éducatif dans le camp de Lusenda ne permet également pas une évolution des enfants Burundais. Les élèves sont ainsi chassés de l’école lorsque les organisations humanitaires tardent à payer les frais de fonctionnement aux écoles locales. Ils ne bénéficient également pas d’un enseignement dans une langue qu’ils comprennent, malgré les demandes pour intégrer des enseignants burundais dans les écoles du camp. Les études supérieures sont inexistantes à Lusenda, laissant ainsi de nombreux jeunes Burundais réfugiés désœuvrés faute d’université. Cette situation risque de mettre à mal l’avenir de ces jeunes burundais.

Les autorités congolaises doivent revoir la situation des réfugiés Burundais de Lusenda, afin d’instaurer un climat de confiance entre les réfugiés et les gestionnaires au quotidien du camp en matière sécuritaire, éducatif, social et sanitaire.

                   

 

 

SOS-Torture/Burundi a été initiée dans l’objectif d’informer l’opinion nationale et internationale sur les violations graves des droits de l’homme en cours au Burundi à travers des rapports de monitoring notamment sur la torture, les arrestations arbitraire,  les disparitions forcées, les violences sexuelles et les exécutions sommaires.

Cette initiative d’informer sur les réalités du pays a fait suite au carnage d’une centaine de personnes tuées au cours la journée du 11 décembre et celle du 12 décembre 2015 par des policiers et des militaires sous le prétexte de poursuivre des rebelles qui venaient d’attaquer des camps militaires situées à la périphérie de la capitale

Les zones touchées sont dites contestataires du troisième mandat du Président Nkurunziza à savoir  Musaga, Mutakura, Cibitoke,  Nyakabiga, Jabe, les deux dernières étant situées au centre la Mairie de Bujumbura.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article