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SOS-TORTURE / BURUNDI

RAPPORT N°81 DE SOS-TORTURE/BURUNDI PUBLIE LE 1er JUILLET 2017

2 Juillet 2017 , Rédigé par DDH-Burundais

Ce rapport de SOS-Torture couvre la période du 24 juin au 1er juillet 2017 concernant les violations des droits de l’homme au Burundi.

Au moins sept (7) personnes ont été assassinées au cours de la période, dont une qui était  retenue en garde à vue à Karusi sorti de sa cellule pour être torturé à mort. Aucun des présumés auteurs de ce crime n’a été appréhendé à ce jour. SOS-Torture Burundi constate aussi une hausse des cas d’assassinats dans la province Cibitoke, que la police ne parvient ni à  prévenir ni  à expliquer de manière convaincante. 

Le rapport évoque aussi six (6) cas d’arrestations arbitraires dans différentes localités. Parmi ces arrestations figurent deux (2) membres du parti d’opposition Mouvement pour la solidarité et la Démocratie (MSD)  qui ont été par la suite conduits  au service national des renseignements.

 

  1. Atteintes du droit à la vie et à l’intégrité physique
  • SOS-Torture Burundi note une criminalité accrue dans la province de Cibitoke (nord-ouest du pays) ces trois dernières semaines. Au moins six (6) personnes ont été assassinées dans différentes communes, et ces personnes sont présentées par l’administration locale comme étant victimes de représailles liées à la pratique de la sorcellerie ou à des actes de vol.

Ces arguments ne sont pas convaincants, et laissent craindre plutôt des assassinats ciblés pour des raisons que la police n’a pas encore donné surtout qu’elle ne cherche pas à mener des enquêtes sérieuses.

Les personnes déjà identifiées comme victimes de ces  assassinats sont  : Frédéric Sibomana, assassiné dans la nuit du 9 au 10 juin 2017 sur colline Rubirizi ; Jean Ntakobiri, assassiné entre le 10 et le 11 juin 2017 sur la colline Gitebe ; Emelyne Nduwarugira, assassinée le 13 juin 2017 sur la colline Muyange ; Japhet Nkurikiye, tué le 16 juin 2017 sur la colline Gitumba ; Juma Ntakobakingira, assassiné le 21 juin 2017 sur la colline Muyange ; Damascène Hakizimana, tué entre le 24 et le 25 juin 2017 sur la colline Rugendo. 

  • Des miliciens Imbonerakure du parti au pouvoir CNDD FDD ont assassiné à coups de massues Onesphore Nshimirimana sur la sous-colline Miremera, colline Senga, commune Butezi, province Ruyigi (Est du pays) le 18 juin 2017. Des témoins rapportent que M. Nshimirimana a été interpellé par Diomède Buhonga (chef des miliciens Imbonerakure de la colline Senga), Omer Hakizimana et Ndihokubwayo (également membre de la milice Imbonerakure) qui l’ont égorgé et assommé à coups de massues à son domicile. Ces miliciens imbonerakure s’étaient introduits dans la maison, invoquant une dispute entre le couple Nshimirimana.

SOS-Torture Burundi note que depuis ce crime, les miliciens Imbonerakure n’ont jamais été inquiétés et sont toujours en liberté. Comme d’habitude, s’il s’agit  des crimes imputables à la milice Imbonerakure, la police judiciaire et  le parquet  de la République sont restés silencieux  face à cette criminalité.

  • Des individus ont assassiné Damascène Hakizimana surnommé Sadam sur la colline Rugendo, commune Mugina, province Cibitoke (nord-ouest du pays) le 24 juin 2017 dans la nuit. Il s’agit d’un homme présenté par la police comme un présumé voleur, que des habitants de la colline ont tué à coups de poignards pour se faire justice.
  • Des individus non identifiés ont assassiné à coups de machettes Cyprien Ngendakuriyo au centre de la commune Musigati, province Bubanza (ouest du pays) le 26 juin 2017 dans la nuit. Il s’agit d’un agent  de la police  qui  montait  la garde du bureau de la poste de la commune Musigati. Des témoins du voisinage rapportent que les auteurs du crime ont égorgé le policier, lui ont pris son arme et ne sont pas entrés dans les bureaux de la poste.

SOS-Torture Burundi a appris l’arrestation de six suspects par la police de Musigati pour des raisons d’enquête.

  • Un individu non encore identifié a assassiné Marie Ntimpirangeza sur la colline Butazi, commune Ndava, province Mwaro (centre du pays) le 27 juin 2017. SOS-Torture Burundi a appris que la police a appréhendé l’auteur présumé du crime nommé Gervais Ndimurwanko, qui serait le fils de la victime.

SOS-Torture Burundi note cependant que le parquet et le Tribunal de Grande Instance de Mwaro ont expédié le procès en condamnant dès le lendemain le présumé auteur à vingt-cinq ans de  servitude pénale.

  • Des agents de la police ont assassiné Oscar Ndizeye devant les cachots de la police de Karusi (centre-est du pays) le 27 juin 2017. Des témoins (cités par la radio RPA dans son programme Humura) rapportent que la victime qui était  en garde à vue a été sorti de la cellule par ces agents, en complicité avec des individus en tenue civile identifiés comme des miliciens Imbonerakure, qui l’ont torturé jusqu’à ce que mort s’en suive.

SOS-Torture Burundi a appris que deux autres détenus du cachot ont aussi été torturés, et sont soignés de leurs blessures. La police de Karusi n’a mené aucune enquête crédible à ce jour pour identifier et arrêter les auteurs de cet assassinat, alors que des témoins, également victimes de ces actes,  réclament  justice.

  • Des individus non identifiés ont assassiné un homme dont le corps a été découvert entre les collines Rukina et Nyagituku, commune Songa, province Bururi (sud du pays) le 29 juin 2017. La police a identifié la victime comme étant Gisanabagabo, mais les autorités administratives ont procédé à son enterrement avant la fin des enquêtes.
  • Des individus non identifiés ont assassiné à coups de poignards Florence Nduwimana dans le village IV, commune Gihanga, province Bubanza (ouest du pays) le 29 juin 2017. La police n’a pas encore identifiée les auteurs de ce crime.

 

  1. Atteintes du droit à la liberté et à la sécurité physique 

 

  • Des agents de la police ont arrêté Jean Claude Ndikuriyo à son domicile au quartier II, zone Ngagara, commune Ntahangwa (nord de la ville de Bujumbura) le 23 juin 2017. Des témoins rapportent que des agents du service national des renseignements participaient aussi à l’arrestation, et que ce sont ces derniers qui l’ont embarqué dans leur véhicule vers les cachots du Service National des Renseignements.

 

SOS-Torture Burundi a appris que M. Ndikuriyo est un membre du parti d’opposition MSD (Mouvement pour la Solidarité et la Démocratie), dont plusieurs militants ont été victimes d’arrestations arbitraires, de tortures et d’assassinats ciblés depuis le début de cette crise. La raison officielle de l’arrestation de M. Ndikuriyo n’a pas été communiquée par le SNR. Certains proches rapportent cependant qu’il serait accusé de vouloir emmener des jeunes vers le Rwanda.

 

Jean Claude Ndikuriyo, militant du MSD détenu au SNR

 

  • Des agents du service national des renseignements ont aussi arrêté Elie Ntirampeba à son domicile de la 6ème avenue du quartier Mutakura, zone Buterere, commune Ntahangwa (nord de la ville de Bujumbura) le 23 juin 2017. M. Ntirampeba est aussi un membre du parti d’opposition du MSD, emmené au cachot du SNR sans que la famille ne soit informée des raisons. Les agents du SNR ont mené une fouille qui n’a permis aucune saisie incriminante. Ces deux arrestations de membres du parti MSD le même jour laissent craindre des mobiles politiques.

 

Elie Ntirampeba, membre du parti MSD arrêté par des agents du SNR

 

  • Des agents de la police ont arrêté Sylvère Bariboneka sur la colline Bikinga, zone Bukoro, commune Nyarusange, province Gitega (centre du pays) le 24 juin 2017. Il s’agit d’un membre du parti d’opposition FNL (Front National pour la Libération) des fidèles d’Agathon Rwasa (actuel viceprésident de l’Assemblée Nationale).

 

SOS-Torture Burundi note que la police n’avait aucun mandat lors de l’interpellation, et craint une nouvelle arrestation arbitraire liée aux convictions politiques de M. Bariboneka. 

 

  • Des militaires ont arrêté et tabassé Fiacre Mweranda sur la colline Rukina, commune Mukike, province Bujumbura le 24 juin 2017. Le jeune homme a été grièvement blessé et hospitalisé suite aux coups reçus.

 

SOS-Torture Burundi a appris qu’après son hospitalisation, les mêmes militaires l’ont appréhendé et le gardent en détention, manifestement illégale à leur position, sans que la police et l’administration locale n’interviennent.

 

  • Le chef de zone Maramvya, commune Burambi, province Rumonge (sudouest du pays) a menacé publiquement des retraités de l’armée burundaise issus des Forces Armées Burundaises (ex-FAB) le 27 juin 2017 dans une réunion. Des témoins rapportent que le responsable administratif les accuse de détenir illégalement des armes et d’entrainer des jeunes à la rébellion ainsi que d’avoir mené des attaques dans la commune. Ce sont de graves accusations qui devraient être soumises à la police pour enquête, mais qui sèment au contraire des tensions depuis ce jour. 

 

SOS-Torture Burundi a appris de certains retraités de l’armée que les miliciens Imbonerakure les intimident à leur tour, proférant des menaces. Ces personnes visées ont porté plainte, mais la police de la zone Maramvya n’a rien fait à ce jour pour dissuader les miliciens imbonerakure de ne pas recourir à la violence.

 

SOS-Torture Burundi attire l’attention sur l’incitation à la violence organisée ou tolérée par des responsables administratifs, ce qui permet aux miliciens Imbonerakure de commettre des crimes en toute impunité. La police doit agir pour protéger les personnes qui ont porté plainte de peur pour leur sécurité.  

 

  • Des agents de la police ont arrêté deux hommes dans la zone Bukirasazi, commune Murwi, province Cibitoke (nordouest du pays) le 27 juin 2017. Lors de cette opération, les agents de la police étaient accompagnés de miliciens Imbonerakure du parti au pouvoir CNDD FDD qui ont désigné les personnes en question, les accusant de détention d’armes. Cependant, la fouille menée à leurs domiciles n’a permis aucune saisie d’effets à caractère militaire.

 

SOS-Torture Burundi note que la police de Murwi n’a pas communiqué les identités des deux personnes arrêtées. 

 

  • Des agents de la police ont emmenés deux prisonniers depuis leurs cellules de la prison de Mpimba, zone Musaga (sud de la ville de Bujumbura) le 27 juin 2017 vers une destination inconnue car non signifiée aux familles et proches. Les deux détenus sont Christophe Ndayitangira et Léonidas Nimpagaritse, qui sont des militants du parti d’opposition MSD (Mouvement pour la Solidarité et la Démocratie)

 

 

 

Christophe Ndayitangira, détenu membre du parti MSD sorti de sa cellule à Mpimba

 

 

La campagne SOS-Torture/Burundi a été initiée dans l’objectif d’informer l’opinion nationale et internationale sur les violations graves des droits de l’homme en cours au Burundi à travers des rapports de monitoring notamment sur la torture, les arrestations arbitraire,  les disparitions forcées, les violences sexuelles et les exécutions sommaires.

Cette initiative d’informer sur les réalités du pays a fait suite au carnage d’une centaine de personnes tuées au cours la journée du 11 décembre et celle du 12 décembre 2015 par des policiers et des militaires sous le prétexte de poursuivre des rebelles qui venaient d’attaquer des camps militaires situées à la périphérie de la capitale

Les zones touchées sont dites contestataires du troisième mandat du Président Nkurunziza à savoir  Musaga, Mutakura, Cibitoke,  Nyakabiga, Jabe, les deux dernières étant situées au centre la Mairie de Bujum

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