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SOS-TORTURE / BURUNDI

RAPPORT N°80 DE SOS-TORTURE/BURUNDI PUBLIE LE 24 JUIN 2017

25 Juin 2017 , Rédigé par DDH-Burundais

Ce rapport de SOS-Torture couvre la période du 17 au 24 juin 2017 concernant les violations des droits de l’homme au Burundi.

Au moins trois(3) personnes ont été assassinées au cours de la période, dont un homme abattu par des militaires à Mwumba. Deux(2) autres personnes ont été blessées, dont un homme violemment tabassé par des miliciens Imbonerakure à Ruyigi.

Le rapport évoque aussi d’autres violences commises par des miliciens Imbonerakure qui jouissent de l’impunité et d’une complicité  des agents de la police et du ministère public. L’exemple le plus récent concerne des miliciens qui se sont introduits au domicile d’un habitant de Ruyigi pour le ligoter et le tabasser sans raison.

Au moins douze (12) personnes ont été arrêtées au cours de la période. Parmi elles figurent neuf (9) personnes interpellées à Matana.

 

  1. Atteintes du droit à la vie et à l’intégrité physique
  • Des militaires ont abattu Frédéric Jumapili sur la colline Cahi, commune Mwumba (commune natale du président Burundais Pierre Nkurunziza), province Ngozi (nord du pays) le 16 juin 2017. Des témoins rapportent que la victime tentait de secourir un ami qui se faisait tabasser par les mêmes militaires, l’accusant de vendre des articles d’habillement au Rwanda.

SOS-Torture Burundi note que trois (3) militaires ont été arrêtés, mais leurs identités n’ont pas été communiquées.

  • Des individus armés de massues ont grièvement blessé Donatien Kazoya (60 ans) sur la colline Karambi, commune et province Ruyigi (Est du pays) le 18 juin 2017 dans la soirée. Cet homme a été appréhendé par deux hommes qui l’ont assommé à coups de massues, et trainé au sol alors qu’il agonisait.

SOS-Torture Burundi note que la police a appréhendé quatre(4) suspects, dont le chef du parti CNDD FDD de la colline Karambi. Les proches craignent que ces suspects  soient relâchés, vu les pressions exercées sur les agents de la police par les miliciens Imbonerakure de la commune Ruyigi pour faire libérer ce leader local du parti.

  • Des individus non identifiés ont attaqué à la grenade un bistrot sur la colline Rwiri, commune Murwi, province Cibitoke (nord-ouest du pays) le 18 juin 2017. Un client du bistrot a été blessé.
  • Des individus ont assassiné Juma Ntakobakibigira sur la colline Muyange, commune Mugina, province Cibitoke (nord-ouest du pays) le 21 juin 2017 dans la soirée. 
  • Des individus armés ont assassiné à coups de machettes Théoneste Buyoya sur la colline Bugwana, commune Gitobe, province Kirundo (nord du pays) le 22 juin 2017 dans la soirée. Les auteurs de l’assassinat n’ont pas été identifiés. SOS-Torture Burundi note que la police a arrêté un suspect.

 

  1. Atteintes du droit à la liberté et à la sécurité physique

 

  • Des miliciens Imbonerakure du parti CNDD FDD ont tabassé Manassé Ntaconkurikira sur la colline Nyabitare, commune Gisuru, province Ruyigi (Est du pays) le 11 juin 2017. Des témoins rapportent que M. Ntaconkurikira se trouvait dans un bistrot, quand un démobilisé du CNDD FDD prénommé Mathias l’a attrapé de force et commencé à le frapper avec ses complices. La victime a été laissée sur place par ses bourreaux dans un état très critique.

 

SOS-Torture Burundi a appris des proches que M. Ntaconkurikira est victime de son appartenance politique au FNL (Front National pour la Libération) des fidèles d’Agathon Rwasa ; et que les miliciens Imbonerakure l’ont qualifié d’ennemi (igipinga en kirundi) en voulant lui imposer d’adhérer au parti  CNDD FDD au pouvoir.

 

  • Des miliciens Imbonerakure se sont introduits de force au domicile de Floris Irakaninahazwa au quartier Gasanda, commune et province Ruyigi (Est du pays) le 17 juin 2017. Ils l’ont aussitôt violemment ligoté et tabassé sans explications à même le sol. Des témoins du voisinage rapportent qu’ils ont été alertés par les cris de secours de la victime, dont les marques de sévices se remarquaient sur sa poitrine à cause des cordes serrées.

 

SOS-Torture Burundi a appris des proches que l’origine de ces tortures est un incident de la veille, lorsque le chef du parti CNDD FDD du quartier Sanzu nommé Elioud Ntakarutimana a renversé le verre de M. Irakaninahazwa dans un bar, provoquant une bagarre.

SOS-Torture Burundi note que les autorités administratives arrivées sur place au domicile de Floris Irakaninahazwa ont ordonné d’autres arrestations dans le voisinage, au lieu de venir au secours de la victime, relâchée finalement plusieurs heures après les multiples protestations des voisins. 

 

  • Des agents de la police ont arrêté neuf (9) personnes sur la colline Gisirye, commune Matana, province Bururi (sud du pays) le 19 juin 2017. La police les accuse de détention illégale d’armes. SOSTorture Burundi note que la police n’a pas communiqué quelles armes ont été saisies chez les personnes arrêtées, ni les noms des neuf personnes interpellées.  

 

  • Des miliciens Imbonerakure ont tabassé Remouard Irakoze dans la commune et province Ruyigi (Est du pays) le 20 juin 2017. Cet homme rentrait d’une audition au Tribunal de Grande Instance de Ruyigi où il avait répondu à une convocation du juge. Des témoins rapportent qu’il a été interpellé près de l’hôpital de Ruyigi par les miliciens, qui l’ont accusé de les avoir escroqués avant de le tabasser au point de saigner au niveau de la tête.

 

SOS-Torture Burundi note que le chef de quartier est intervenu, mais a ordonné qu’il soit amené au parquet de Ruyigi au lieu d’être soigné pour ses blessures. M. Irakoze a été mis au cachot sans explications.

 

  • Le responsable de police de la commune Rugombo, province Cibitoke (nordouest du pays) a arrêté un homme de nationalité rwandaise résidant sur la colline Mparambo I le 21 juin 2017. Des témoins rapportent que cet homme a été embarqué par l’officier dans son véhicule privé, et non un véhicule de la police. SOS-Torture Burundi note que le responsable de police de Rugombo a refusé de confirmer l’arrestation, ce qui laisse craindre une disparition forcée.

 

  • Des agents de la police ont arrêté un homme au cheflieu de la commune Mugina, province Cibitoke (nord-ouest du pays) le 23 juin 2017. Des témoins de la scène rapportent qu’ils n’ont pas pu identifier l’homme, qui a été violemment ligoté avant d’être embarqué vers une destination inconnue. 

 

  • Des jeunes miliciens Imbonerakure affiliés au parti au pouvoir CNDD FDD ont organisé un rançonnement forcé envers les habitants de la commune Butaganzwa, province Ruyigi (Est du pays) le 17 juin 2017. Plusieurs témoins rapportent que seuls les ménages des personnes nonmembres du parti CNDD FDD étaient ciblés pour payer chacun 110000 francs burundais. Les miliciens Imbonerakure ont imposé le versement de cet argent, au risque de subir leurs représailles en cas de refus.

 

SOS-Torture Burundi note que ni l’administration, ni la police n’ont empêché ce vol organisé et imposé par la terreur. Il s’agit d’une complicité qui renforce les miliciens Imbonerakure dans leurs exactions quotidiennes. 

 

 

  1. Des militaires jugés pour leur participation présumée à une attaque

 

SOS-Torture Burundi suit de près l’affaire des militaires accusés d’avoir participé à l’attaque du camp militaire Mukoni en province Muyinga (nord du pays) survenue le 24 janvier 2017. Après l’attaque, une première vague d’arrestation d’au moins treize (13) militaires avait été menée par des agents du service national des renseignements.  (cfr rapport Sos-Torture Burundi N°59 : http://sostortureburundi.org/wp-content/uploads/2016/08/SOS-Torture-Burundi-nume%CC%81ro-59-en-Fr.pdf).

Plusieurs des militaires appréhendés ont cependant subis de graves tortures par les agents du SNR, sans que la justice n’intervienne (cfr rapport N°60 : http://sostortureburundi.org/wp-content/uploads/2016/08/SOS-Torture-Burundi-nume%CC%81ro-60-en-Fr.pdf).

 

En date du 19 juin 2017, sept(7) militaires poursuivis dans cette affaire ont comparu au Tribunal de grande Instance de Muyinga. SOS-Torture Burundi note que les juges ont laissé les accusés faire appel aux témoins à décharge, dont un officier qui a publiquement déclaré que l’un des accusés était à son travail au moment de l’attaque.

SOS-Torture salue d’abord cette avancée des juges du tribunal de Grande Instance Muyinga dans la recherche de la vérité et espère que les témoignages collectés vont être analysé objectivement  dans le but  de privilégier l’égalité des armes en matière pénale entre deux parties aux procès, et ainsi   le  ministère public aura le défis de produire des preuves tangibles et  irréfutables de l’implication de ces militaires dans cette attaque.

 

Depuis le début de la crise, de nombreux militaires et policiers issus à grande majorité des anciennes Forces Armées Burundaises (ex-FAB) ont été victimes d’arrestations arbitraires, de tortures, de disparitions forcées et d’assassinats ciblés. Il est fort à craindre que les nombreuses arrestations survenues après cette attaque du camp Mukoni soient liées à cette répression.

La campagne SOS-Torture/Burundi a été initiée dans l’objectif d’informer l’opinion nationale et internationale sur les violations graves des droits de l’homme en cours au Burundi à travers des rapports de monitoring notamment sur la torture, les arrestations arbitraire,  les disparitions forcées, les violences sexuelles et les exécutions sommaires.

Cette initiative d’informer sur les réalités du pays a fait suite au carnage d’une centaine de personnes tuées au cours la journée du 11 décembre et celle du 12 décembre 2015 par des policiers et des militaires sous le prétexte de poursuivre des rebelles qui venaient d’attaquer des camps militaires situées à la périphérie de la capitale

Les zones touchées sont dites contestataires du troisième mandat du Président Nkurunziza à savoir  Musaga, Mutakura, Cibitoke,  Nyakabiga, Jabe, les deux dernières étant situées au centre la Mairie de Bujumbura.

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