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SOS-TORTURE / BURUNDI

RAPPORT N°79 DE SOS-TORTURE/BURUNDI PUBLIE LE 17 JUIN 2017

18 Juin 2017 , Rédigé par DDH-Burundais

 

Ce rapport de SOS-Torture couvre la période du 10 au 17 juin 2017 concernant les violations des droits de l’homme au Burundi.

Le rapport évoque la situation carcérale au Burundi de nouveau en hausse. Après la  libération de prisonniers qui ont bénéficié de la mesure de grâce présidentielle entre février et mars 2017, le nombre de détenus est de nouveau en hausse : il est passé de 8.611 à 9.195 prisonniers au Burundi en un seul mois, soit une augmentation de 584 détenus. Ceci confirme les allégations des arrestations et des détentions arbitraires, puisque les  personnes en détention préventive constituent le double des personnes déjà  condamnées.

Au moins quatre (4) personnes ont été assassinées au cours de la période, dont trois dans la ville de Bujumbura.

Le rapport évoque aussi la disparition forcée d’un homme habitant la commune Ruyigi depuis le 8 juin 2017, après son arrestation illégale par des miliciens Imbonerakure qui l’ont d’abord torturé, la victime a été  par après portée disparue.

 Le rapport  fait aussi mention de sept (7) arrestations arbitraires dont certaines ont été menées par des miliciens Imbonerakure en complicité avec des agents de la police.

 

  1. Situation carcérale de nouveau en hausse

L’analyse de la situation carcérale à la fin du mois de mai 2017 montre une hausse du nombre de détenus, en comparaison à la situation du mois d’avril 2017 (cfr rapport SOS-Torture Burundi N°72 : http://sostortureburundi.org/wp-content/uploads/2016/08/SOS-Torture-Burundi-nume%CC%81ro-72-en-FR.pdf). Le nombre de détenus est passé de 8.611 à 9.195 prisonniers au Burundi en un seul mois, soit une augmentation de la population carcérale de l’ordre de 584 détenus

Cette hausse considérable démontre un abus des arrestations souvent arbitraires, des détentions irrégulières  étayées  par le nombre de prévenus (5.441 dont 38 mineurs) largement supérieur au nombre des détenus condamnés (3.754 dont 52 mineurs). Pourtant, le ministère de la Justice avait procédé à la mise en liberté de plus de 2.000 détenus qui ont bénéficié d’une mesure de grâce présidentielle entre février et mars 2017 ; dans le but de désengorger les prisons très surpeuplées depuis le début de la crise. Ces libérations, au lieu d’améliorer les conditions de vie des autres détenus, n’ont finalement aucun effet puisque les arrestations arbitraires se poursuivent. La capacité d’accueil des prisons au Burundi est de 4.194, alors que le nombre de détenus atteint plus du double.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  1. Atteintes du droit à la vie et à l’intégrité physique

- Des individus non identifiés ont abattu à coups de gourdins Gabriel Basita sur la colline Kirambi, zone Rusengo, commune et province Ruyigi (Est du pays) le 11 juin 2017. La police a évoqué dans un premier temps un crime lié à des croyances obscurantistes, M. basita étant accusé de pratiquer la sorcellerie.

SOS-Torture Burundi note que les gens accusées de pratiquer la sorcellerie sont actuellement victimes d’assassinat dans certaines localités, et que la police se contente de ces explications  peu convaincantes alors que cela risque d’être un prétexte qui  cache d’autre mobiles non encore élucidés.  . 

- Des individus non identifiés ont attaqué à la grenade un groupe d’habitants qui se trouvaient dans un bar situé près d’une station-service dans la zone Musaga (sud de Bujumbura) le 14 juin 2017 en début de soirée. Deux hommes sont décédés après l’attaque, Lambert Nkurunziza et Fiston Nduwimana, qui sont des chauffeurs de bus ; et douze autres personnes ont été blessées. 

La police n’a pas identifié les auteurs de l’attaque.

 

Fiston Nduwimana, un des chauffeurs tué par la grenade à Musaga

- Des individus armés ont abattu Aimable Hakizimana sur l’avenue Mutsinda, zone Kinindo (sud de Bujumbura) le 15 juin 2017 dans la journée. La victime est un retraité de la Banque de la République du Burundi (BRB) qui a été dérobé d’une somme d’argent avant qu’il ne soit exécuté. La police n’a arrêté aucun suspect pour le moment.

  

M. Aimable Hakizimana abattu près de son domicile à Kinindo

 

 

 

 

  1. Atteintes du droit à la liberté et à la sécurité physique

 

  • Un homme nommé Léonce surnommé Kinyenyi est porté disparu depuis le 8 juin 2017 après son enlèvement par des miliciens Imbonerakure à Karidonzi, commune et province Ruyigi (Est du pays). Cet homme est un employé de magasin appartenant à Méthode Nitunga surnommé Kabusosi, qui fait partie du groupe des Imbonerakure qui l’ont arrêté le 6 juin 2017 en l’accusant de vol de certains articles du magasin. Lors de cette première arrestation, Léonce surnommé Kinyenyi a aussitôt été relâché par l’officier de police judiciaire qui ne voyait aucune charge contre lui.

 

SOS-Torture Burundi a appris des proches que Léonce a cependant été arrêté à nouveau le 7 juin 2017 par le même groupe de miliciens Imbonerakure qui lui ont exigé de leur verser l’argent de la vente de sa propriété. Les miliciens qui ont mené cette interpellation sont Mangue, Nyawenda (petit frère du commerçant Kabusosi), Kamoteri, Kibaya Fabrice (un technicien de santé en zone Rusengo et responsable des imbonerakure du quartier Gasanda de Ruyigi), Haruna Mustafa, Ndayishimiye surnommé Kirara et Murekambanze surnommé Mureruye.

 

M. Léonce a été gardé en détention illégale, attaché à une clôture près du magasin de son employeur, où il a été torturé durant des heures par ses ravisseurs. Depuis le 8 juin 2017, il est introuvable au lieu où il était  détenu provisoirement. Léonce se préparait pour son mariage initialement prévu  le 24 juin 2017, sa famille, et sa future épouse restent sous menace par le groupe de miliciens Imbonerakure.

 

Il s’agit d’une disparition forcée avec risque d’exécution extrajudiciaire, si les ravisseurs Imbonerakure n’ont pas déjà achevé la victime. La police de Ruyigi, qui connait la victime pour l’avoir relâché, doit rapidement mener des recherches pour le retrouver et arrêter ses bourreaux.

 

  • Des agents de la police ont arrêté Léopold Mugabaranoga dans la ville de Rumonge (sudouest du pays) le 11 juin 2017. Il s’agit d’un enseignant du secondaire qui a été accusé par le directeur de son lycée de tentative de viol sur une élève. Des proches de l’enseignant évoquent un montage, dans le but de le mettre en prison. La police n’a communiqué aucune suite réservé à l’affaire à ce jour ni confirmé les accusations du directeur de lycée.      

 

  • Le rapport N°78 de SOSTorture Burundi mentionne des jeunes miliciens Imbonerakure qui ont tabassé un homme nommé Rémy sur la colline Ruhwago, commune et province Ruyigi (Est du pays) le 7 juin 2017 et en présence de magistrats du parquet de Ruyigi  (http://sostortureburundi.org/wpcontent/uploads/2016/08/SOS-Torture-Burundi-nume%CC%81ro-78-en-Fr-1.pdf), suite à des tracts dénonçant des actes de viols commis sur des écolières. Après les représailles des miliciens Imbonerakure, l’un de ces miliciens, Désiré Ndayishimiye, a été arrêté sur ordre du ministère public.

 

SOS-Torture Burundi a cependant appris sa libération survenue le 9 juin 2017, alors que des accusations de viol pèsent toujours sur lui. Les miliciens Imbonerakure ont fait pression sur le parquet, qui a par la suite  cédé et libéré  le principal accusé. La victime de viol est une mineure étudiant en 3ème année primaire.

 

  • Des jeunes miliciens Imbonerakure ont arrêté Mateso sur la colline Muriza, commune Butaganzwa, province Ruyigi (Est du pays) le 10 juin 2017. Des témoins rapportent que cet homme portait un teeshirt portant les insignes du parti au pouvoir CNDD FDD, et que les miliciens Imbonerakure l’ont accusé de salir le parti en portant le tee-shirt.

 

Outre que l’arrestation est illégale puisque les Imbonerakure ne sont pas autorisés à mener de telles opérations, SOS-Torture Burundi note que M. Mateso est une victime d’arrestation arbitraire car au lieu de le libérer, les agents de la police l’ont maintenu en détention durant trois jours sans qu’il y ait des charges qui pèsent sur lui.  La police a été complice des miliciens Imbonerakure, ce qui se généralise dans plusieurs localités.   

 

  • Des jeunes miliciens Imbonerakure ont arrêté Denis Nicoyangereye sur la colline Kirungu, commune Nyabitsinda, province Ruyigi (Est du pays) le 10 juin 2017. Lors de cette arrestation illégale, les Imbonerakure Vianney et Elias étaient accompagnés de deux agents de police qui ont signifié à M. Nicoyangereye qu’il doit les accompagner au poste de police. Des proches confirment que M. Nicoyangereye a obtempéré et une fois au poste, il a appris qu’il était recherché et mis dans un cachot sans mandat et sans explications sur les raisons de son arrestation. Le cachot en question n’est pas celui de la police, mais plutôt un cachot clandestin. 

SOS-Torture Burundi a aussi appris des proches qu’un policier a aidé M. Nicoyangereye à s’échapper, après lui avoir révélé un plan visant à l’éliminer physiquement. Les miliciens Imbonerakure qui l’avaient arrêté ont cependant interpellé d’autres personnes en représailles pour leur exiger de dévoiler où se cache M. Nicoyangereye. Les personnes arrêtées sont : Majambere, Jonathan, Fayidari et Emmanuel ; qui ont été tabassés par les Imbonerakure.

 

  • Des miliciens Imbonerakure se sont introduits en pleine  nuit au domicile de Fidèle Ndayegamiye sur la colline Ruharo, commune Nyabitsinda, province Ruyigi (Est du pays) le 13 juin 2017. Ils l’ont tabassé avant de l’emmener vers la position de police de Nyaruganda, où M. Ndayegamiye a été attaché avec deux menottes (l’une à la jambe et l’autre au poignet). Des proches rapportent que cet homme a passé 48 heures ainsi menotté, sans nourriture. M. Ndayegamiye a dû verser 20.000 francs pour sa libération.

 

SOS-Torture Burundi note une arrestation arbitraire menée par des miliciens Imbonerakure, en complicité avec des agents de la police de Nyabitsinda.         

 

  • Des agents de la police ont arrêté Ildephonse Nkunzimana sur la colline Bwoga, commune et province Gitega (centre du pays) le 15 juin 2017. Il s’agit d’un militant d’opposition du parti FNL (Front National pour la Libération) des fidèles d’Agathon Rwasa. Les agents de la police n’avaient pas de mandat, ce qui laisse craindre une arrestation arbitraire politiquement motivée.

 

  • Des miliciens Imbonerakure accompagnés d’agents de la police ont arrêté Charles Nkundinka et Boniface Ntigurinzigo sur la colline Rugajo, commune Mugina, province Cibitoke (nordouest du pays) le 15 juin 2017. Ces hommes sont accusés de n’avoir pas participés aux travaux communautaires où le deuxième vice-président Burundais était présent. Des témoins rapportent qu’ils ont été ligotés par les miliciens Imbonerakure puis conduits au cachot du service national des renseignements.

 

SOS-Torture Burundi note qu’aucune charge n’est retenue contre   ces deux hommes, victimes d’arrestations arbitraires ; le SNR doit les libérer.

 

La campagne SOS-Torture/Burundi a été initiée dans l’objectif d’informer l’opinion nationale et internationale sur les violations graves des droits de l’homme en cours au Burundi à travers des rapports de monitoring notamment sur la torture, les arrestations arbitraire,  les disparitions forcées, les violences sexuelles et les exécutions sommaires.

Cette initiative d’informer sur les réalités du pays a fait suite au carnage d’une centaine de personnes tuées au cours la journée du 11 décembre et celle du 12 décembre 2015 par des policiers et des militaires sous le prétexte de poursuivre des rebelles qui venaient d’attaquer des camps militaires situées à la périphérie de la capitale

Les zones touchées sont dites contestataires du troisième mandat du Président Nkurunziza à savoir  Musaga, Mutakura, Cibitoke,  Nyakabiga, Jabe, les deux dernières étant situées au centre la Mairie de Bujumbura.

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