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SOS-TORTURE / BURUNDI

RAPPORT N°78 DE SOS-TORTURE/BURUNDI PUBLIE LE 10 JUIN 2017

11 Juin 2017 , Rédigé par DDH-Burundais

Ce rapport de SOS-Torture couvre la période du 3 au 10 juin 2017 concernant les violations des droits de l’homme au Burundi.

Le rapport évoque au moins huit (8) arrestations arbitraires. Parmi les arrestations figurent cinq militants d’opposition dont deux(2) du parti MSD (Mouvement pour la Solidarité et la Démocratie) et trois(3) du FNL (Front National pour la Libération) des proches d’Agathon Rwasa. 

SOS-Torture Burundi a pu répertorier au moins trois (3) personnes mortes dont deux (2) assassinées dans des circonstances encore non élucidées, et leurs corps jetés dans le lac Tanganyika dans la zone Magara de la Province Rumonge. Selon la police Burundaise les  deux (2)  victimes sont  des frères, mais la même  police n’a pas communiqué leurs noms à ce jour.

 

  1. Atteintes du droit à la vie et à l’intégrité physique

- Des individus non encore  identifiés ont assassiné et jeté les corps de deux hommes dans le lac Tanganyika, dans la zone Magara, commune Bugarama, province Rumonge (sud du pays) qui ont été découverts le 6 juin 2017. Les deux hommes sont des frères selon la police, qui n’a pas communiqué leurs noms.

 

Les corps sans vies des deux frères découverts à Magara au bord du lac Tanganyika

- L’officier de police Minani Philippe a été assassiné le 09 Juin 2017 dans la soirée dans le quartier Gasekebuye, Zone Musaga, Commune de Muha (sud de Bujumbura). Selon la police, la victime a été assassinée par deux (2) policiers. Les deux auraient été appréhendés.

                  Officier de Police Philippe Minani assassiné

 

  1. Atteintes du droit à la liberté et à la sécurité physique

 

 

Depuis cette arrestation, M. Ntirandekura, de même que son ami arrêté le même jour, sont introuvables dans les cachots de police et du SNR connus. La famille et les proches l’ont cherché activement, sans le trouver et le SNR n’a rien communiqué  sur cette arrestation aux allures d’enlèvement. SOS-Torture Burundi tient à souligner qu’Eric Ntirandekura est un militant du parti d’opposition FNL (Front National pour la Libération) des fidèles d’Agathon Rwasa (vice-président de l’Assemblée Nationale). Avant son interpellation par le SNR, il avait subi des menaces des jeunes membres de la milice Imbonerakure du parti au pouvoir CNDD FDD.

 

SOS-Torture Burundi craint une disparition forcée. Selon les informations collectées, le présumé kidnappeur prénommé Shadrack  a été arrêté par la police dans la ville de Bujumbura, mais qui ne l’a pas remis au parquet et à la police de Bubanza pour permettre de retrouver les victimes.

 

  • Des agents du service national des renseignements ont arrêté Sylvestre Singirankabo sur la colline Musenyi, commune Mabanda, province Makamba (sud du pays) le 30 mai 2017. Cet homme est un militaire à la retraite issu des anciennes Forces Armées Burundaises (exFAB). Des proches rapportent qu’il est victime de ses commentaires sur une route en construction à Mabanda.

 

SOS-Torture Burundi a appris que M. Singirankabo est en garde à vue  au cachot de police de Makamba. Les agents du SNR ont exigé une rançon à la famille pour sa libération, mais M. Singirankabo n’a pas été libéré malgré le paiement forcé.  

 

  • Des agents du service national des renseignements ont arrêté Privat Ndihokubwayo dans la ville de Bujumbura le 2 juin 2017 à son domicile. Il s’agit d’un employé du Programme National de lutte contre le Sida (PNLS). Des proches rapportent que M. Ndihokubwayo est victime de ses voyages au Rwanda, que le SNR juge nombreux.

 

SOS-Torture Burundi note que les agents du SNR n’avaient pas de mandat lors de l’arrestation. Il s’agit d’une violation répétitive de la libre circulation des biens et des personnes consacrée par l’un des protocoles de la communauté de l’Afrique de l’Est mais aussi la constitution de la République du Burundi  qui reconnait la libre circulation des citoyens Burundais. Privat Ndihokubwayo n’est donc coupable d’aucune infraction au regard de la loi burundaise et des différentes conventions que le Burundi a ratifié. Le SNR doit communiquer d’autres charges  qui pèsent sur cet homme ou le relâcher.

 

Depuis le début de la crise en avril 2015, les relations sont tendues entre le Burundi et le Rwanda du fait que le gouvernement burundais accuse son voisin du Nord d’être responsable de l’instabilité du Burundi. Plusieurs personnes de nationalité rwandaise ont été victimes d’arrestations arbitraires suite à ces mauvaises relations entre les deux pays. 

 

  • Des individus non identifiés ont enlevé Jumapili Karenzo sur la septième transversale de la localité de Nasagarare, au cheflieu de la province Cibitoke (nord-ouest du pays) le 5 juin 2017 dans la soirée. Des témoins rapportent que les ravisseurs se trouvaient dans un véhicule Toyota Carina, modèle T.I. aux vitres entièrement teintées et sans plaque d’immatriculation ; modèle de voiture souvent utilisé par des agents du service national des renseignements lors de certaines arrestations arbitraires.

 

Des proches indiquent avoir sillonné tous les cachots du centre de Cibitoke à la recherche de M. Karenzo, en vain. La police n’a rien communiqué sur une probable arrestation de la victime, ni sur des recherches éventuelles menées pour le retrouver.

 

  • Des individus non identifiés ont enlevé Dieudonné Nsabimana surnommé Banga au quartier Mirango, zone Kamenge, commune Ntahangwa (nord de Bujumbura) le 5 juin 2017 dans la soirée.  Il s’agit d’un militant du parti d’opposition MSD (mouvement pour la Solidarité et la démocratie) en charge de la mobilisation. La famille et les proches ont cherché M. Nsabimana dans plusieurs cachots, pour vérifier s’il n’aurait pas été arrêté par la police ou des agents du service national des renseignements, en vain.

 

SOS-Torture Burundi craint une disparition forcée et demande à la police de mener des recherches pour retrouver la victime, ou de communiquer son lieu de détention en cas d’arrestation. L’inquiétude sur le sort du jeune homme est d’autant forte que deux autres militants de ce parti d’opposition ont été exécutés après deux mois d’incarcération dans un lieu tenu secret par le SNR (cfr rapport Sos-Torture Burundi N°77 : http://sostortureburundi.org/wp-content/uploads/2016/08/SOS-Torture-Burundi-nume%CC%81ro-77-en-Fr.pdf)

 

            Dieudonné Nsabimana enlevé près de son domicile à Kamenge

 

 

  • Des agents de la police spéciale « Appui pour la protection des Institutions » (API) ont arrêté JeanClaude Ngendakumana le 5 juin 2017 dans la ville de Bujumbura. Cet homme est lui aussi un policier de cette même unité API en charge de la protection rapprochée de l’opposant politique Agathon Rwasa leader des FNL et vice-président de l’Assemblée Nationale, dont les militants sont régulièrement victimes d’arrestations arbitraires.

 

SOS-Torture Burundi note que la police n’a pas communiqué les raisons de cette arrestation, sous forme d’isolement dans les locaux de l’API. L’agent Ngendakumana est aussi issu de l’ancienne rébellion FNL dirigée par M. Rwasa.

 

Jean-Claude Ngendakumana, policier de l’unité API chargé de la protection du leader du FNL Agathon Rwasa

 

  • Des jeunes miliciens Imbonerakure ont tabassé un homme nommé Rémy sur la colline Ruhwago, commune et province Ruyigi (Est du pays) le 7 juin 2017 et en présence de magistrats du parquet de Ruyigi. Cet homme avait été menacé depuis la veille après une opération de fouille et perquisition illégale menée par ces mêmes miliciens. Les Imbonerakure voulaient retrouver l’auteur de plusieurs tracts dénonçant des actes de viols commis sur des écolières par certains miliciens de la colline, mais qui restent impunis malgré les plaintes.

 

SOS-Torture Burundi a appris que M. Rémy a porté plainte au parquet de Ruyigi suite aux menaces des miliciens. Lors de la confrontation devant l’officier du ministère public, Rémy s’est fait tabasser par Fabrice Niyonkuru, le responsable des miliciens Imbonerakure de la commune Ruyigi qui dirigeait l’équipe de miliciens venus répondre à la convocation. En plus du passage à tabac devant le parquet, M. Rémy a été à nouveau menacé de graves représailles si le parquet ose emprisonner un seul membre de la milice imbonerakure.

 

SOS-Torture Burundi note avec amertume l’incapacité notoire de l’officier du ministère public de poursuivre l’instruction, encore moins de se saisir immédiatement de cette infraction de coups infligés au plaignant devant son bureau. Ceci démontre l’incapacité de l’appareil judiciaire face à la milice entretenue par le parti au pouvoir.      

 

  • Des agents de la police ont arrêté Vénerand Habonimana sur la colline Buhoro, commune MugongoManga, province Bujumbura le 7 juin 2017. Cet homme est un militant actif du parti d’opposition MSD (Mouvement pour la Solidarité et la Démocratie) dans cette commune. Des témoins rapportent que les agents de la police étaient accompagnés d’un membre de la milice Imbonerakure du parti au pouvoir CNDD FDD qui devait désigner l’homme à arrêter.

 

SOS-Torture Burundi note une arrestation arbitraire sans mandat, motivée par le refus de M. Habonimana d’adhérer au parti au pouvoir CNDD FDD.   

 

 

Vénerand Habonimana, responsable local du MSD arrêté à Mugongomanga

 

  • Des agents de la police ont arrêté Edouard Nzambimana et Jean Paul Nduwarugira dans la commune et province Gitega (centre du pays) le 8 juin 2017. Les deux hommes sont des militants du parti d’opposition FNL (Front National pour la Libération). Des proches rapportent que M. Nzambimana et Nduwarugira sont accusés d’avoir bloqué une route sur la colline Bwoga à Gitega.

 

SOS-Torture Burundi craint des arrestations politiquement motivées, car la police n’avait pas de mandat et a expédié l’affaire en envoyant les deux hommes à la prison de Gitega.    

 

  1. Des miliciens Imbonerakure sont appréhendés après plusieurs exactions à Cibitoke

 

Le Tribunal de Grande Instance de Cibitoke (nord-ouest du pays) a condamné le 1er juin 2017 trois(3) membres de la milice Imbonerakure à perpétuité pour des cas d’assassinats survenus dans la commune Murwi en province Cibitoke ces dernières semaines. Il s’agit de Jean Marie Nsabimana, Jackson Miburo surnommé Matsinga et Edmond Bayisingize. Les cas d’assassinats en question étaient simulés en représailles visant des personnes accusées de pratiquer la sorcellerie.

SOS-Torture salue le courage des juges qui ont siégés dans cette affaire  et exhorte  les magistrats burundais à suivre cet exemple pour l’intérêt de la justice.

SOS-Torture Burundi a aussi appris l’arrestation de deux autres miliciens Imbonerakure sur la colline Mahande, zone Ngoma, commune Murwi le 7 juin 2017. Il s’agit de Bienvenu Kwizerimana et Méthode Ndarusanze, attrapés par des habitants en possession d’un fusil kalachnikov et d’une grenade. Les deux hommes ont été remis à la police à Cibitoke, et sont soupçonnés d’appartenir à la même bande qui cible les personnes à abattre.

La campagne SOS-Torture/Burundi a été initiée dans l’objectif d’informer l’opinion nationale et internationale sur les violations graves des droits de l’homme en cours au Burundi à travers des rapports de monitoring notamment sur la torture, les arrestations arbitraire,  les disparitions forcées, les violences sexuelles et les exécutions sommaires.

Cette initiative d’informer sur les réalités du pays a fait suite au carnage d’une centaine de personnes tuées au cours la journée du 11 décembre et celle du 12 décembre 2015 par des policiers et des militaires sous le prétexte de poursuivre des rebelles qui venaient d’attaquer des camps militaires situées à la périphérie de la capitale

Les zones touchées sont dites contestataires du troisième mandat du Président Nkurunziza à savoir  Musaga, Mutakura, Cibitoke,  Nyakabiga, Jabe, les deux dernières étant situées au centre la Mairie de Bujumbura.

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