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SOS-TORTURE / BURUNDI

RAPPORT N°77 DE SOS-TORTURE/BURUNDI PUBLIE LE 3 JUIN 2017

4 Juin 2017 , Rédigé par DDH-Burundais

Ce rapport de SOS-Torture couvre la période du 27 mai au 3 juin 2017 concernant les violations graves  des droits de l’homme qui continuent à se commettre en toute impunité au Burundi.

Le rapport évoque une recrudescence alarmante des entrainements paramilitaires de la milice Imbonerakure du parti au pouvoir CNDD FDD. Sos-Torture Burundi a recueilli des témoignages sur certains  lieux de ces entrainements spécialement,  dans les provinces Cibitoke et Makamba. La finalité de ces entrainements est très inquiétante, et un risque  des  crimes de masse  est bien réel si la communauté internationale n’intervienne en vertu du principe de la  responsabilité à protéger.   

Au moins six (6) personnes ont été assassinées au cours de la période dans différentes localités. Parmi les victimes figurent deux (2) militants du parti d’opposition MSD (Mouvement pour la Solidarité et la démocratie) exécutés après quatre semaines de détention illégale dans une maison privée.

Dans cette  même période, SOS-Torture Burundi a pu répertorier dix (10) personnes  arrêtées, dont cinq (5) dans la zone Gihosha par un officier du service national des renseignements impliqué dans de nombreux crimes. En plus de ces arrestations, le rapport évoque la disparition forcée de deux (2) jeunes hommes membres de la milice Imbonerakure de la zone Musaga. Ces disparitions viseraient à éliminer les acteurs et témoins  gênants  des crimes commis au cours de la crise.  

 

  1. SOS-Torture Burundi note une recrudescence alarmante des entrainements paramilitaires de la milice Imbonerakure

Des entrainements paramilitaires des miliciens Imbonerakure affiliés au parti au pouvoir CNDD FDD sont de plus en plus rapportés dans différentes localités du pays.

- Au nord-ouest du pays, SOS-Torture Burundi a appris que les entrainements paramilitaires des miliciens s’organisaient depuis deux mois dans les communes de la province Cibitoke. Les sites identifiés au cours de nos recherches où sont menés ces entrainements clandestins sont : Kayange dans la zone Ndava (commune Buganda), Cunyu en zone Gasenyi (commune Buganda), au stade de la commune Buganda, à côté de l’église catholique de Ruhagarika (commune Buganda), à Bambo (commune Murwi), Musenyi (commune Rugombo), Ruziba (commune Mugina), à Rubona (commune Mugina), à Ruhororo (commune Mabayi), à Rutabo (commune Mabayi), à Bumba (commune Bukinanyana) et à Masango (commune Bukinanyana).

Depuis quelques jours cependant, les imbonerakure ont été déplacés vers les forêts de Mabayi et Bukinanyana ainsi que dans le boisement de Jimbien commune Murwi pour tenter d’éviter que leurs activités ne filtrent parmi le public.

Dans ces lieux de formation, près de 1.000 jeunes miliciens se rassemblent pour suivre des formations paramilitaires. Des témoignages recueillis auprès de ces jeunes par SOS-Torture Burundi évoquent la présence de démobilisés du CNDD FDD, de militaires et de policiers issus de l’ancienne rébellion parmi les instructeurs. Ces encadreurs expliquent aux miliciens que les entrainements visent à les préparer à défendre le pays en cas d’attaque de groupes rebelles, selon toujours ces instructeurs car  les militaires ne sont pas tous fiables.

Parmi les miliciens formés à Cibitoke, une partie a été déployée en République Démocratique du Congo dans le groupement de Sange sur la localité Kimuka, à Ndunda et à Nyamwoma. Les témoignages recueillis révèlent aussi que les cas d’embuscades sur les routes de Gatumba et Gihanga à l’ouest du pays sont menés par les miliciens Imbonerakure déjà formés et restés au Burundi.

SOS-Torture Burundi a aussi appris que les groupes de miliciens en formation sont contrôlés par un officier du service national des renseignements Joseph Mathias Niyonzima surnommé Kazungu, très cité dans des crimes et graves violations des droits de l’homme dont des exécutions extrajudiciaires,  des tortures et des disparitions forcées.

- Au sud du pays, SOS-Torture Burundi a aussi obtenu des témoignages inquiétant sur des entrainements paramilitaires dans les provinces Makamba et Rutana. Les  miliciens imbonerakure font des exercices paramilitaires chaque samedi à partir de 3 heures du matin.

Au cours de la semaine du 24 au 28 avril 2017, ces formations des Imbonerakure ont eu lieu dans la zone de Gatabo, commune Kayogoro, province Makamba ; tandis que du 8 au 12 mai 2016, ces formations ont eu lieu dans la zone Bukeye, commune Kibago en province Makamba. 

Les témoignages des jeunes miliciens indiquent que les formations se font par groupe de 30 à 40 individus. SOS-Torture Burundi s’inquiète des distributions d’armes opérées au terme de ces formations : selon  ces mêmes témoignages  chaque groupe reçoit entre 5 à 10 armes à feu.

 

  1. Atteintes du droit à la vie et à l’intégrité physique

- Un jeune homme a assassiné Elysée Nkurunziza sur la colline Mugomere, commune et province Rumonge (sud du pays) le 28 mai 2017 dans la soirée. La victime est un élève de la localité. Des témoins rapportent que l’auteur du crime est le frère d’une jeune fille que la victime courtisait. La police l’a appréhendé comme principal suspect, mais n’a pas confirmé le mobile derrière  cet assassinat. 

- Des individus non identifiés ont assassiné Virginie Akimana sur la colline Muzima, commune et province Bururi (sud du pays) dont le corps a été retrouvé le 28 mai 2017 en décomposition. Le corps de la victime a été retrouvé cinq jours après sa disparition de la colline Munini où elle habitait. La police n’a pas formellement identifié le ou les auteurs de cet assassinat ainsi que les mobiles derrières cet acte ignoble, mais soupçonne l’époux de Mme Akimana, Jean Marie Ntahizaniye, appréhendé au lendemain de la découverte du corps de sa femme.  

- Des individus non identifiés ont assassiné à coups de machettes Jean Claude Sayumwe sur la colline Kanzaganya, Commune Muhuta, province Rumonge (sud du pays) le 28 mai 2017. La police n’a pas encore déterminé les circonstances de cet assassinat, ni identifié d’éventuels suspects.

- Des agents du service national des renseignements ont exécuté Rémy Ndagijimana et Léon Bangiricenge le 31 mai 2017 dans la ville de Bujumbura. Les deux hommes sont des militants d’opposition du MSD (Mouvement pour la Solidarité et la démocratie) qui avaient été arrêtés le 3 mai 2017, et portés disparus depuis ce jour.

SOS-Torture Burundi a appris des responsables du parti MSD que les deux hommes étaient maintenus en détention illégale dans une maison privée du quartier Kajaga en commune Mutimbuzi à la sortie  ouest de  la ville de Bujumbura,  ces  opposants politiques  ont subi des actes de  tortures graves avant leur exécution extrajudiciaire  le 31 mai 2017.

- Des individus non identifiés ont assassiné un homme et jeté son corps sur la colline Rubuye, commune et province Ngozi le 1er juin 2017. Le corps de la victime ne portait aucun document d’identification, et se trouvait non loin des bureaux du service national des renseignements de Ngozi. SOS-Torture Burundi note que l’administration locale a décidé d’enterrer la victime sans pousser les recherches pour l’identifier.

 

  1. Atteintes du droit à la liberté et à la sécurité physique

 

  • Des membres de la milice Imbonerakure du parti CNDD FDD ont entonné des chants hostiles aux opposants du parti au pouvoir et ceux qui refusent d’y adhérer le 27 mai 2017 dans la commune Ruhororo, province Ngozi (nord du pays) tout juste devant le site des déplacés de Ruhororo. Le site abrite les victimes de la crise de 1993, survenue après l’assassinat du Président Burundais Melchior Ndadaye.

 

SOS-Torture Burundi tient à souligner que les sites des déplacés ont toujours été menacés de démantèlement par le parti au pouvoir (Bugendana et Mutaho de la province Gitega, Muruta en province Kayanza, Ruhororo en province Ngozi,), qui les considèrent comme des  témoins gênants  des crimes commis à l’époque où le parti était encore un groupe rebelle. La particularité des sites des déplacés internes est qu’ils rassemblent aussi un grand nombre de victimes Tutsis.  

 

Les occupants du site de Ruhororo ont particulièrement été victimes de répression depuis le début de la crise du troisième mandat du Président Pierre Nkurunziza, notamment par de nombreuses arrestations arbitraires des déplacés du site. De telles manifestations hostiles visent à semer davantage la peur au sein des déplacés de Ruhororo, qui craignent pour leur sécurité. 

SOS-Torture Burundi, implore le rapporteur spécial sur la situation des déplacés internes et apatrides à prendre des mesures urgentes et conservatoires pour protéger ces rescapés du CNDD FDD à l’époque du maquis.     

 

SOS-Torture Burundi note aussi que les miliciens Imbonerakure portent distinctement les tenues de leurs partis politiques, bien qu’ils se réunissent officiellement les samedis pour des travaux communautaires destinés à toute la population. 

  

 

 

Les miliciens Imbonerakure manifestent devant les déplacés en entonnant des chants hostiles aux opposants

 

  • Le responsable du service national des renseignements de la province Cibitoke (nordouest du pays) a arrêté Sosthène Nkundabagabo et Japhet Nsanzabaganwa sur la colline Kinga en commune Mabayi le 28 mai 2017. Des proches rapportent que les deux hommes sont originaires du Rwanda (pays voisin au nord et frontalier à Cibitoke) et sont installés à Mabayi depuis une trentaine d’années.

 

SOS-Torture Burundi note qu’il s’agit d’une arrestation arbitraire : le responsable du SNR les accuse d’être des informateurs pour le compte de l’armée rwandaise. Ce sont de graves accusations pour lesquelles l’officier des renseignements n’a pas apporté de preuve, hormis des suspicions basées sur la nationalité des deux hommes. Ce même officier a arrêté deux autres ressortissants Rwandais en visite à Cibitoke le 4 mai 2017 : Félix Nzarama et Damascène Nkundawayezu (cfr rapport SOS-Torture Burundi N°73 : http://sostortureburundi.org/wp-content/uploads/2016/08/SOS-Torture-Burundi-num%C3%A9ro-73-en-FR.pdf).

 

Depuis le début de la crise, les relations entre le Burundi et le Rwanda sont tendues suite aux accusations d’ingérence portées par le Burundi contre son voisin du nord ; notamment d’avoir donné asile à des personnes qui auraient participées aux manifestations de 2015 et certaines poursuivies pour leur participation supposée à une tentative de coup d’Etat.

 

  • Des miliciens Imbonerakure ont arrêté illégalement Florian Ndayikeka sur la colline Nyabibuye, commune Rango, province Kayanza (nord du pays) le 27 mai 2017. Il s’agit d’un militant du parti d’opposition MSD (Mouvement pour la Solidarité et la Démocratie). Les proches rapportent que le jeune homme est porté disparu depuis ce jour et risque d’être exécuté

SOS-Torture Burundi note que la police n’a mené aucune action pour retrouver M. Ndayikeka ou interpeller les miliciens Imbonerakure qui l’ont enlevé.   

 

  • Des membres de la milice Imbonerakure ont passé à tabac Mme Sophie Ntirampeba sur la colline Muyange, zone Mubira, commune Butezi en province Ruyigi (Est du pays) le 28 mai 2017. Les miliciens ont accusé la jeune femme de vol de colocases dans les champs.

 

SOS-Torture Burundi note que les imbonerakure, au lieu d’informer  la police pour un constat, l’ont attaché violemment les bras dans le dos avant de la torturer à coups de gourdins. Des proches de la victime rapportent que Mme Ntirampeba s’est évanouie suite aux coups reçus. Les mêmes miliciens Imbonerakure ont exigé au mari de la victime de verser 120.000 francs burundais en guise de dédommagement. Ne pouvant pas trouver un tel montant, les bourreaux ont décidé de s’approprier une partie des terres du couple.   

 

SOS-Torture Burundi note que ni la police, ni l’administration ne sont intervenus en faveur de la famille de Mme Ntirampeba.

 

  • Des agents du service national des renseignements ont arrêté Jonas Uwimana au centre de la commune Rugombo, province Cibitoke (nordouest du pays) le 29 mai 2017. M. Uwimana a été embarqué à bord d’un véhicule du SNR immatriculé D3978A vers une destination non encore communiqué à la famille.

 

SOS-Torture Burundi note que les agents du SNR n’avaient aucun mandat au moment de l’arrestation. Des proches rapportent que M. Uwimana se rendait sur la colline Mparambo II pour rendre visite à un ami, et serait victime d’avoir participé aux manifestations contre le troisième mandat du Président Burundais Pierre Nkurunziza en avril et mai 2015. Il s’agit d’une arrestation arbitraire et une violation des libertés de mouvement.

 

  • Des agents du service national des renseignements ont arrêté Mme Dévote Niragira, Egide Nahimana, Eric Nshimirimana et Elie Niyongabo dans un bar dénommé Open Sky  situé au numéro 10 de l’avenue Kumurinzi, zone Gihosha, commune Ntahangwa (nord de la ville Bujumbura) le 31 mai 2017. L’opération était conduite par l’officier des renseignements Joseph Mathias Niyonzima, impliqué dans de nombreux crimes et graves violations des droits de l’homme dont des exécutions extrajudiciaires.

 

Mme Niragira est la gérante du bar où le SNR et la police affirment avoir découvert deux armes, raison de son arrestation avec ses trois employés du même bar. En plus de ces personnes, les mêmes agents ont arrêté deux voisins vivant à proximité du bar : M. Agathon Nimpaye (un professeur du secondaire) et Déogratias Nivyabandi (un employé de la société Regideso).  

 

SOS-Torture Burundi a appris que la propriété abritant le bar appartient à M. Pascal Ntirampeba, un ancien cadre du parti au pouvoir CNDD FDD contraint à l’exile suite à son engagement contre le troisième mandat du Président Pierre Nkurunziza. Les proches des personnes arrêtées crient au montage, dans le but de viser M. Ntirampeba qui ne soutient pas le pouvoir en place.

Le SNR doit garantir la sécurité physique de Mme Niragira et ses codétenus, et rendre publique les charges retenues contre ces personnes.

          Mme Dévote Niragira, arrêtée par des agents du SNR et de la police

 

  • Des individus non identifiés  ont enlevé Aimé Arakaza surnommé Musaga et Eddy Nduwimana dans la zone Musaga (sud de la ville Bujumbura) le 25 mai 2017. Ces deux hommes sont membres de la milice Imbonerakure, cité dans des crimes visant d’autres jeunes de la zone de Musaga notamment des complicités de disparitions forcées, d’assassinats et d’arrestations arbitraires. Des témoins rapportent que les deux jeunes miliciens sont des témoins et acteurs de nombreux crimes, dont le dernier serait le triple assassinat d’autres miliciens du CNDD FDD dans la zone Musaga (cfr rapport SOSTorture Burundi N°75 : http://sostortureburundi.org/wpcontent/uploads/2016/08/SOS-Torture-Burundi-nume%CC%81ro-75-Fr.pdf).

 

SOS-Torture Burundi s’inquiète de ces disparitions, qui font craindre une tentative visant à éliminer des témoins  gênants et acteurs de graves crimes commis depuis le début de la crise.

 

Aimé Arakaza surnommé Musaga, un des miliciens imbonerakure porté disparu

 

 

  1. Le Tribunal de Ngozi ordonne la libération d’opposants, victimes d’arrestations arbitraires

 

SOS-Torture Burundi a appris la libération de huit militants du parti FNL (Front National pour la Libération) fidèles à Agathon Rwasa, actuel vice-président de l’Assemblée Nationale burundaise. L’ordonnance de mise en liberté  a été prise par le Tribunal de Grande Instance de Ngozi (nord du pays) le 29 mai 2017, les déclarants   non coupables des accusations d’atteinte à la sûreté de l’Etat portées contre eux  par le ministère public.

 

Bien que leur détention était arbitraire et leur remise en liberté est acte salutaire, SOS-Torture Burundi note que l’ordonnance  du Tribunal de Ngozi intervient tardivement plus de trois mois après l’arrestation de ces huit(8) opposants politiques. Les personnes remises en liberté sont Nicodème Kameya, Norbert Ciza, Benjamin Hitimana, Salvator Ndikumana, François Bukuru, Emile Mutabazi, Pascal Girabo et Albert Ngendahayo qui avaient été arrêtés le 19 février 2017 dans un bar à Ngozi (cfr rapport SOS-Torture Burundi N°63 : http://sostortureburundi.org/wp-content/uploads/2016/08/sos-Torture-Burundi-numero-63-en-Fr.pdf).

Le Tribunal de Ngozi les a condamnés à payer une amende pour avoir organisé une réunion illégale, décision qui n’est basée sur aucune preuve tangible. 

 

La campagne SOS-Torture/Burundi a été initiée dans l’objectif d’informer l’opinion nationale et internationale sur les violations graves des droits de l’homme en cours au Burundi à travers des rapports de monitoring notamment sur la torture, les arrestations arbitraire,  les disparitions forcées, les violences sexuelles et les exécutions sommaires.

Cette initiative d’informer sur les réalités du pays a fait suite au carnage d’une centaine de personnes tuées au cours la journée du 11 décembre et celle du 12 décembre 2015 par des policiers et des militaires sous le prétexte de poursuivre des rebelles qui venaient d’attaquer des camps militaires situées à la périphérie de la capitale

Les zones touchées sont dites contestataires du troisième mandat du Président Nkurunziza à savoir  Musaga, Mutakura, Cibitoke,  Nyakabiga, Jabe, les deux dernières étant situées au centre la Mairie de Bujumbura.

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