Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
SOS-TORTURE / BURUNDI

RAPPORT N°72 DE SOS-TORTURE/BURUNDI PUBLIE LE 29 AVRIL 2017

30 Avril 2017 , Rédigé par DDH-Burundais

Ce rapport de SOS-Torture couvre la période du 22 au 29 avril 2017 concernant les violations des droits de l’homme qui continuent à se commettre en toute impunité au Burundi.

Le rapport évoque en premier lieu l’existence de plus de vingt (20) cas de victimes de violences sexuelles déjà répertoriés parmi les filles et femmes burundaises réfugiés dans les pays limitrophes. SOS-Torture Burundi compte transmettre les dossiers complets des victimes et leurs témoignages au Collectif des Avocats qui représente les familles des victimes devant  la Cour Pénale Internationale ; car le viol est une arme de guerre, par ailleurs prôné par les miliciens imbonerakure, comme le prouve une vidéo choquante mise en ligne il y a quelques semaines.

Au moins neuf (9) arrestations arbitraires sont répertoriées au cours de la période et dans différentes localités. Parmi ces arrestations figure celle de Belly Bertrand Niyongabire, un jeune homme interné au centre neuropsychiatrique de Kamenge « CNPK » suite à des tortures subies en décembre 2015. Il a été transféré de force et contre l’avis des médecins du CNPK vers la prison de Mpimba. Le rapport revient aussi sur la disparition forcée de M. Oscar Ntasano depuis plus d’une semaine, ainsi que les incohérences des déclarations de la police sur le présumé ravisseur de l’homme d’affaires et ancien sénateur. Le présumé ravisseur a été exécuté, et présenté comme étant mort dans un simulacre d’accident de roulage.   

Le rapport fait état de six (6) personnes assassinées. Parmi les victimes se trouvent un jeune homme abattu par des militaires ainsi qu’un Avocat burundais tué dans une attaque à la grenade.

Le dernier point concerne la situation carcérale au Burundi en ce mois d’avril. Le nombre de détenus est passé de 8.683 (mi-mars) à 8.611 détenus actuellement. Cependant, les détenus constituent le double de la capacité d’accueil des prisons, et les prévenus sont toujours plus nombreux que les condamnés.

  1. SOS-Torture Burundi a  répertorié  une vingtaine de cas de victimes de violences sexuelles

SOS-Torture Burundi a identifié une vingtaine de victimes de violences sexuelles entre 2015 et 2016. Les auteurs sont des agents de la police, du service national des renseignements « SNR »et de la milice imbonerakure , jeunesse affiliée du parti au pouvoir CNDD FDD. Ces victimes identifiées ont fui le Burundi pour se réfugier dans les pays limitrophes.

SOS-Torture Burundi compte  transmettre avec ces victimes, les dossiers complets et leurs témoignages au Collectif des Avocats qui représente les familles des victimes devant  la Cour Pénale Internationale. Pour leur sécurité, le présent rapport ne reprend pas ici les identités des victimes des violences sexuelles liées à la crise, qui s’avère être à majorité d’ethnie tutsi. Les jeunes filles et femmes qui ont témoigné ont subi des viols de la part de leurs bourreaux : certaines de ces victimes ont été infectées par le VIH-Sida après dépistage ; d’autres ont eu des grossesses non désirées et élèvent leurs enfants malgré le traumatisme subi tandis qu’une autre catégorie concerne des victimes ayant subi d’autres sévices corporelles après le viol.

Les témoignages révèlent également que des victimes ont été humiliées car ayant été violées devant leurs enfants, d’autres pour avoir été contraints d’assister au viol de leurs filles mais aussi des femmes victimes de viol après avoir été forcées d’assister à l’assassinat de leur mari.

Le monitoring de ces actes inhumains démontre également que certaines de ces victimes  ont subi ces sévices à leurs domiciles ; mais qu’une autre catégorie de victimes a été violée durant leur incarcération par le SNR, dans les cachots de police ou après les arrestations illégales opérées par les miliciens imbonerakure.

SOS-Torture Burundi tient à souligner que le viol est une arme de guerre par ailleurs prôné par les miliciens imbonerakure, comme le prouve une vidéo mise en ligne il y a quelques semaines. Cette vidéo choquante montre des jeunes miliciens entonnant des chants incitant au viol systématique des filles et femmes de l’opposition, afin qu’elles mettent au monde des Imbonerakure (cfr rapport SOS-Torture Burundi N°69 : http://sostortureburundi.org/wp-content/uploads/2016/08/SOS-Torture-Burundi-nume%CC%81ro-69-en-Fr.pdf). Malgré le communiqué du parti au pouvoir CNDD-FDD condamnant ces chants qualifiés de dérapage, aucune enquête n’a été menée pour établir la responsabilité des uns et des autres, il est clair que les victimes de ces violences sexuelles sont bien réelles et décrivent avec horreur ce qu’elles ont subi.  

 

  1. Arrestations arbitraires, enlèvements et disparitions forcées se poursuivent
  • M. Oscar Ntasano, un homme d’affaires  propriétaire du complexe immobilier nommé ‘Nonara’, est toujours porté disparu depuis son enlèvement le 20 avril 2017. Il a été enlevé sur la route Bujumbura-Gatumba, avant la limite entre la ville de Bujumbura et la commune Mutimbuzi de la province Bujumbura alors qu’il se rendait à son bureau avec son véhicule pour répondre à l’appel d’un client (cfr rapport SOS-Torture N°71 : http://sostortureburundi.org/wp-content/uploads/2016/08/SOS-Torture-Burundi-nume%CC%81ro-71-en-Fr.pdf). M.Ntasano faisait par ailleurs objet de menaces visant à le pousser à résilier son contrat de location avec le Bureau des Nations Unies au Burundi (BNUB).

SOS-Torture Burundi craint que les menaces aient finalement été mises en exécution, au vu des déclarations très contradictoires et inquiétantes de la police. Le porte-parole adjoint de la police a annoncé le 23 avril 2017, trois jours après l’enlèvement, que le véhicule de M. Oscar Ntasano a été retrouvé accidenté sur la route Ngozi-Muyinga (nord du pays) avec à son bord le chauffeur de l’homme d’affaires. Cependant, la police a changé de version deux jours après, en annonçant que l’homme mort dans l’accident du véhicule de la victime est le ravisseur de M. Ntasano et ses  deux (2) employés en la personne de M. Lambert Bitangimana.

Ce revirement cache mal la volonté de dissimuler la vérité sur les circonstances de la disparition forcée de l’homme d’affaires Oscar Ntasano, et ancien sénateur burundais. Par ailleurs, les photos de Lambert Bitangimana dévoilées sur les réseaux sociaux, qui est présenté par la police comme étant mort dans un accident de roulage avec le véhicule de M. Ntasano, montre des traces claires de strangulation à l’aide d’une corde ou d’un objet semblable au niveau de la gorge. SOS-Torture Burundi craint une exécution sommaire avec tentative de déguiser le crime, pour éliminer un éventuel témoin ou complice de la disparition forcée de M. Ntasano.

M. Lambert Bitangimana, présenté par la police comme mort dans un accident ; mais son cou présente une trace nette de strangulation (photo de droite)

Le  véhicule pick-up de M. Oscar Ntasano, dans lequel serait mort ‘’par accident’’ Lambert Bitangimana

  • Des agents de la police ont transféré de force un malade du Centre neuropsychiatrique de Kamenge « CNPK » (nord de Bujumbura) vers la prison centrale de Mpimba en zone Musaga (sud de Bujumbura) le 21 avril 2017. Il s’agit de Belly Bertrand Niyongabire, un jeune homme souffrant d’un grave traumatisme depuis le 11 décembre 2015 où il avait été arrêté à Kinanira dans la foulée des attaques contre des camps militaires. Après son arrestation par le service national des renseignements, le jeune homme a subi de longues séances de torture dans un lieu non identifié ; si bien que sa famille a procédé au deuil, pensant qu’il avait été assassiné lors des massacres de représailles qui ont suivi les attaques.

Avant son transfert le 21 avril 2017, des témoins au CNPK rapportent qu’une première tentative visant à le transférer a eu lieu le 19 avril 2017 ; mais des infirmiers se sont interposés pour empêcher que le jeune homme ne soit emmené alors qu’il est toujours sous traitement. Le directeur de la prison de Mpimba et des autorités hauts placées dans la police, avec la complicité d’agents travaillant au CNPK, ont proférés des menaces contre le directeur du centre neuropsychiatrique pour le contraindre à laisser la police l’emmener.

SOS-Torture Burundi a appris que le jeune homme ne parvient toujours pas à se nourrir convenablement, ni à parler et encore moins à se tenir debout à cause des sévices subis. La santé de Belly Bertrand Niyongabire risque de se détériorer ; mais la principale crainte est pour la sécurité du jeune homme en prison. Etant victime et témoin des tortionnaires qui lui ont infligé des tortures mais aussi témoin des auteurs des massacres dans les quartiers en décembre 2015, la vie du jeune homme doit être protégée rapidement. Sa place n’est pas en prison, mais dans un centre comme le CNPK qui assurait jusque-là les soins de Belly Bertrand Niyongabire.

Belly Bertrand Niyongabire, le jeune homme enlevé au CNPK pour être transféré de force en prison

  • Des agents de la police ont arrêté quatre militants du parti d’opposition FNL (Front National pour la Libération) fidèles à Agathon Rwasa sur la colline Gihungwe, commune Gihanga, province Bubanza (ouest du pays) le 24 avril 2017. Il s’agit de Jean de Dieu Bigirimana, Jonas Harimenshi, Emmanuel Bigirimana et Stève Gashinge. Des proches rapportent que les opposants sont accusés d’avoir tenu une réunion non autorisée la veille.

SOS-Torture Burundi note que les militants d’opposition notamment du FNL sont régulièrement arrêtés, accusés de s’être réunis sans autorisation ; ce qui est une entrave à leur liberté de mouvement. Rien n’interdit par ailleurs que des militants d’un parti politique se réunissent.

  • Le chef de police de la commune Buganda, province Cibitoke (nord-ouest du pays) a arrêté un autre militant FNL du nom de Claude Kwigize le 26 avril 2017. Des témoins rapportent que ce responsable de police était accompagné de jeunes miliciens Imbonerakure du parti au pouvoir CNDD FDD qui ont désigné la victime de cette arrestation arbitraire.

SOS-Torture Burundi note que la complicité entre des agents de la police et des miliciens Imbonerakure persiste dans plusieurs localités du pays. Le tort de M. Kwigize est d’avoir refusé d’adhérer au parti au pouvoir.

SOS-Torture Burundi note que le Tribunal de Grande Instance de Muyinga s’est empressé d’organiser une audience le 26 avril 2017 pour juger l’ancien militaire issu des Forces Armées Burundaises (ex-FAB) dans un jugement de flagrance. Au cours de l’audience, le ministère public (Dossier RMP 1683/N.J.C.) a requis 30 ans de prison contre M. Kwizera, pour participation à des bandes armées et tentative de vol qualifié ; des accusations qui sont liées à l’attaque du camp militaire de Mukoni à Muyinga au mois de janvier dernier.

Cette procédure de flagrance utilisée actuellement par la justice burundaise est devenue une forme de  répression pure et simple  car aucune justification  ne peut être apportée pour démontrer cette pratique de juger une personne  quatre « 4 » mois après cet acte.

 Il s’agit d’une mascarade  de justice,  sans preuves tangibles apportées par le ministère public et où les juges du Tribunal de Grande Instance Muyinga ont agi en complicité avec le parquet et le SNR qui avait arrêté M. Kwizera. Les mêmes juges n’ont pas donné à l’accusé, par ailleurs victime de torture, de préparer sa défense alors qu’ils s’apprêtent à prononcer la sentence le 3 mai 2017. Il faut aussi noter que le chargé du SNR à Muyinga, Gérard Ndayisenga, n’a jamais été inquiété à ce jour pour les actes de torture infligés.

  • Des agents de la police ont arrêté trois hommes, tous militants du parti d’opposition FRODEBU, sur la colline Mahande, zone Ngoma, commune Murwi, province Cibitoke (nord-ouest du pays) le 28 avril 2017.  Des témoins rapportent que ces personnes sont accusées d’avoir assassiné un habitant de la colline trois jours auparavant (cfr point 3 de ce rapport). SOS-Torture Burundi note cependant que les proches dénoncent des arrestations arbitraires, du fait que les quatre hommes sont tous de l’opposition.

 

  1. Assassinats, exécutions sommaires et attaques armées répertoriés

 

  • Des militaires ont abattu Jean Claude Bashirahishize dans la zone Rukina, commune Mukike, province de Bujumbura le 22 avril 2017. Des témoins rapportent que la victime se trouvait dans une voiture de marque Probox   en provenance de la ville de Bujumbura. Cette voiture a été stoppé par des militaires positionnés à Rukina, pour un contrôle d’identité des passagers.

 

Des proches du jeune homme abattu affirment que les militaires ont tiré sur la victime à ce moment. SOS-Torture Burundi note que l’armée explique pour sa part que Jean Claude Bashirahishize a fui précipitamment pour échapper au contrôle, raison qui aurait poussé les militaires à tirer sur le jeune homme pour l’arrêter.

 

Cette explication de l’armée burundaise n’est pas convaincante, car n’étant pas armé le jeune homme ne présentait aucun danger pour les militaires qui auraient dû le rattraper sans l’abattre.  Des proches de la victime rapportent par ailleurs la crainte qu’il n’ait été abattu, car soupçonné d’avoir participé aux manifestations contre le troisième mandat du Président Burundais Pierre Nkurunziza en avril et mai 2015.

 

  • Des individus ont assassiné à coups de poignards Mamerthe Nifasha sur la colline Musenyi, province Cankuzo (Est du pays) le 23 avril 2017. La victime a été grièvement blessée, mais a succombé à  ses blessures par la suite. 

 

  • Des individus non identifiés ont assassiné Paul Ntizizakumwe (60 ans) sur la colline Mahande, commune Murwi, province Cibitoke (nordouest du pays) le 25 avril 2017. La victime a été attaquée chez lui, et abattu par balles. Des responsables administratifs locaux ont déclaré que M. Ntizizakumwe serait victime de suspicions de sorcellerie. SOS-Torture Burundi note cependant qu’il s’agit de conclusions hâtives qui ne peuvent expliquer la criminalité accrue dans cette province Cibitoke. Au contraire, la crainte est que ces fausses accusations de sorcellerie soient un moyen de cacher les réels mobiles derrière ces assassinats ciblés. Il faut aussi noter que la police ne s’empresse pas pour mener des enquêtes et identifier les criminels, dans ce genre de dossiers où les victimes sont accusées de pratiquer la sorcellerie.   

 

Des individus non identifiés ont attaqué à la grenade un véhicule et ses passagers dans le quartier Heha, zone Kamenge, commune Ntahangwa (nord de Bujumbura) le 25 avril 2017 dans la soirée. Les personnes visées sont Maître Marc Ndahakeshimana qui conduisait le véhicule et sa famille (son épouse, ses deux enfants et une domestique). L’Avocat a été grièvement touché, mais est décédé quelques temps après tandis que les autres membres de sa famille ont été blessés.

Me Marc Ndahakeshimana, décédé dans une attaque à la grenade

 

  • Des individus non identifiés ont aussi assassiné à coups de machettes Salvator Harindavyi sur la colline Mugendo, commune Bugarama, province Rumonge (sud du pays) le 26 avril 2017. La police n’a identifié aucun suspect pour le moment, ni les mobiles.

 

  1. Situation carcérale au mois d’avril 2017

 

L’analyse de la situation carcérale au mois d’avril 2017 montre une légère baisse du nombre de détenus, en comparaison à la situation carcérale de mi-mars et celle de février 2017. Ainsi, en trois mois le nombre de détenus a évolué de 8.757 (février), puis 8.683 (mi-mars) à 8.611 détenus en ce mois d’avril 2017 (cfr rapport SOS-Torture Burundi N°67 : http://sostortureburundi.org/wp-content/uploads/2016/08/SOS-Torture-Burundi-nume%CC%81ro-67-en-Fr.pdf).

 

Entre mars et avril, il y a 72 détenus en moins. SOS-Torture Burundi note cependant que la population carcérale reste très élevée en comparaison à la capacité d’accueil de 4.194 détenus au Burundi (soit le double de la capacité d’accueil) ; mais qu’il s’agit d’une légère amélioration en comparaison à la situation explosive qui prévalait à la fin du mois de décembre 2016 où 10.051 détenus avaient été recensés dans l’ensemble des prisons au Burundi (cfr rapport SOS-Torture Burundi N°55 : http://sostortureburundi.org/wp-content/uploads/2016/08/SOS-Torture-Burundi-nume%CC%81ro-55-version-francaise.pdf). En ce mois d’avril 2017, le nombre de prévenus dépasse toujours le nombre de condamnés, comme cela a été constaté dans tous les précédents rapports sur la situation carcérale au Burundi : il y a 5.194 prévenus et 3.349 condamnés.

 

Le tableau résumant la situation carcérale montre aussi qu’il y a beaucoup plus de nourrissons en prison avec leurs mères qu’auparavant : le rapport dénombre 64 nourrissons contraints de rester en prison, faute de structures d’accueil appropriés pour eux.

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article