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SOS-TORTURE / BURUNDI

RAPPORT N°59 DE SOS-TORTURE/BURUNDI PUBLIE LE 28JANVIER2017

29 Janvier 2017 , Rédigé par DDH-Burundais

Ce rapport de SOS-Torture/Burundi couvre la période du21 au 28 janvier 2017 concernant les violations  graves des droits humains  qui continuent à se commettre dans une impunité totale  au Burundi.

Au moins vingt-et-une (21) personnes ont été arrêtées au cours de la seule  période de sept (7) jrs dans différentes localités. Parmi elles figurent cependant quinze (15) militaires  affectés dans   différentes casernes militaires du pays. La majorité des victimes de ces vagues d’arrestations est liée à l’attaque du Camp militaire de Mukoni situé dans la province Muyinga (nord du pays) dans la nuit du 23 au 24 janvier 2017.

Ces arrestations massives de militaires (officiers, sous-officiers et hommes de rang) rappellent d’autres arrestations en cascade de militaires issus des anciennes Forces Armées Burundaises survenues en septembre 2016 dont  l’un est  l’adjudant Eddy Claude Nyongera qui a été exécuté sauvagement dans les enceintes du service national des Renseignements et  plus particulièrement au lendemain des attaques des camps militaires les 11 et 12 décembre 2015. 

Le rapport évoque aussi cinq (5) cas  d’assassinats répertoriés dans la seule semaine du 21 au 28 Janvier 2017, dont trois corps sans vie despersonnes retrouvées exécutées non loin du Camp militaire de Mukoni au lendemain de l’attaque du Camp.

Le rapport  revient   enfin sur la récente mesure de libération de certains prisonniers  suivant le décret portant grâce présidentiel.    

  1. Arrestations arbitraires, enlèvements et disparitions forcées se poursuivent
  • Des agents de la police ont arrêté leur collègue  nommée ManellaNtakirutimana avec son mari dans la zone Kanyosha, commune Muha (sud de Bujumbura) le 21 janvier 2017. Cette arrestation a été menée après une fouille  perquisition au domicile du couple situé dans la zone Musaga (sud de Bujumbura). La police affirme y avoir trouvé des tenues de la police. 

SOS-Torture Burundi note qu’il s’agit d’une arrestation d’un agent de la police en activité. Détenir des tenues ou uniformes de la police est tout à fait normal pour un agent de la police, et ne constitue en rien une infraction aussi longtemps que chaque agent de la police a au moins une dotation d’une ou deux tenues de ce corps .

  • Des agents du service national des renseignements ont arrêté un sous-officier de l’armée burundaise en activité, l’Adjudant-major Elysée Nduwumukama à sa descente d’avion à l’aéroport international de Bujumbura le 21 janvier 2017. Ce militaire venait de rentrer avec ses collègues de la mission de maintien de la paix de l’ONU en Centrafrique, la MINUSCA. 

SOS-Torture Burundi souligne ici que les agents du SNR ne sont pas habilités à arrêter des militaires en activité. Des instances judiciaires militaires existent pour de telles opérations, en cas de besoin. Aucun mandat n’a été présenté au sous-officier qui ignore les raisons de son arrestation. Cette violation des procédures  s’est malheureusement institutionnalisée depuis le début de la crise en avril 2015.

L’Adjudant-major Elysée Nduwumukama arrêté à l’aéroport de retour de mission en Centrafrique

  • Des agents de la police ont arrêté trois jeunes hommes dans la zone Musaga (sud de Bujumbura) le 24 janvier 2017. Les personnes arrêtées figurent parmi les détenus qui venaient de recouvrer  leurs libertés il y avait seulement 24heures   pardécret portant   grâce présidentielle (point 3 de ce rapport). Il s’agit de Longin Ntakarutimana, Innocent et Ezéchiel résidant dans la commune Musaga (sud de Bujumbura)
  • Des agents de la police et certains éléments de l’armée  ont arrêté six (6) personnes dans la commune Muyinga, province Muyinga (Nord du pays) le 24 janvier 2017, quelques heures après l’attaque du camp militaire de Mukoni situé dans la même commune (point 2 de ce rapport). L’annonce a été faite par le porte-parole de l’armée burundaise. Il s’agit entre autres de Ndabambarire, Eric et Ferdinand  dont les noms et images ont circulés  sur les médias sociaux comme étant des suspects parmi les auteurs de l’attaque.Les trois hommes tous des civils, habitent le camp des déplacés de Mutaho, province Gitega (centre du pays).

Les civils arrêtés quelques heures après l’attaque du camp de Mukoni

 

Les autres personnes arrêtées quelques heures après l’attaque sont des militaires en activité. Il s’agit du Caporal-chef Fulgence Ndayikengurutse, affecté au camp militaire de Mukoni et ancien membre de la Brigade spéciale de protection des Institutions où il exerçait comme chauffeur du commandant de cette Brigade .

Le Caporal-chef Fulgence Ndayikengurutse arrêté quelques heures après l’attaque du camp Mukoni

L’attaque du camp militaire de Mukoni a donné lieu à une vague d’arrestations de militaires en activité et uniquement  issus del’ancienne armée Burundaise « Forces Armées Burundaises ex-FAB à dominance tutsi » avant la fusion avec les ex-partis et mouvements politique armés (PMPA) à dominance Hutu pour former la Force de défense Nationale« FDN » actuelle, comme cela s’est remarqué tout au long de la crise, au lendemain d’une attaque armée similaire. Outre le Caporal-chef Ndayikengurutse, SOS-Torture Burundi relève l’arrestation le 25 janvier 2017 de l’Adjudant Nzojiyobiri et l’Adjudant Harerimana travaillant tous les deux au camp de Mukoni. 

Des militaires ont aussi arrêté le Caporal-chef Richard Nkurunzizaaffecté au 22ème Bataillon blindé de Gitega le 24 janvier 2017 à sa position de Nyanzari à Gitega (centre du pays). Il a été emmené le lendemain dans la province Muyinga, car il est accusé d’être impliqué dans l’attaque du camp militaire de Mukoni survenue le 24 janvier à l’aube. Ce militaire est aussi un ancien des Forces Armées Burundaises (ex-FAB).

Le Caporal-chef Richard Nkurunziza arrêté à Gitega

Un autre militaire, le Caporal-chef Amédée Niyukuri, a été arrêté dans la commune et province Ngozi (nord du pays) à son lieu de travail le 25 janvier 2017. Comme ses camarades pourchassés au cours de la semaine, il est issu des anciennes Forces Armées Burundaises (FAB) avant leur fusion avec les ex partis et mouvements politiques armés « PMPA ». Le même jour, des militaires ont arrêté l’Adjudant IldephonseNimubona au camp militaire de Mutukura situé dans la province Cankuzo (Est du pays).

Le Caporal-chef Amédée Niyukuri arrêté à Ngozi

  • Des agents de la police ont aussi arrêté le Caporal-chef Emmanuel Bizimana le 25 janvier 2017. Son arrestation a eu lieu dans la province Rumonge (sud du pays) alors qu’il se trouvait en congé. Des témoins rapportent que les policiers étaient accompagnés de miliciens de la ligue ‘Imbonerakure’ du parti au pouvoir CNDD-FDD lors de l’interpellation du militaire en activité.

SOS-Torture Burundi note que l’arrestation est aussi arbitraire et illégale, tout comme les autres arrestations de militaires survenues au cours de la semaine. Les agents de la police, encore moins les miliciens Imbonerakure, ne peuvent arrêter des militaires en activité.

Le Caporal-chef Emmanuel Bizimana arrêté à Rumonge

  • Des militaires ont aussi arrêté le Major José Runyange ainsi que le Lieutenant Moise Nimubona dans la province Muyinga (nord du pays) le 26 janvier 2017. Les deux officiers sont aussi accusés d’avoir collaborés dans l’attaque du camp militaire de Mukoni.

SOS-Torture Burundi s’inquiète de ces nouvelles vagues d’arrestations de militaires (officiers, sous-officiers et hommes de rang) de l’armée qui concernent uniquement des militaires de l’ethnie tutsi et issus de l’ancienne armée Burundaise   ‘ « Forces Armées Burundaises (ex-FAB».

Le Lieutenant Moise Nimubona arrêté au camp de Mukoni dans la foulée de l’attaque du camp

Ces arrestations massives rappellent celles d’autres militaires également issus des anciennes FAB et essentiellement tutsi, arrêtés dans la foulée de l’exécution atroce de l’Adjudant Eddy Claude Nyongera dans les enceintes du service national des renseignements le 14 septembre 2016 (cfr rapport SOS-Torture Burundi N° 40 : http://sostortureburundi.org/wp-content/uploads/2016/10/SOS-TORTURE-BURUNDI-RAPPORT-N%C2%B040.pdf). Parmi les militaires arrêtés figuraient quatorze (14) sous-officiers issus des anciennes forces armées Burundaises majoritairement tutsi arrêtés illégalement par des agents du SNR, et inculpés une semaine après les arrestations pour ‘atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat et participation à des bandes armées’ (cfr rapport SOS-Torture Burundi N° 41 : http://sostortureburundi.org/wp-content/uploads/2016/10/SOS-TORTURE-BURUNDI-RAPPORT-N%C2%B041.pdf ).

SOS-Torture Burundi note aussi une similitude avec la vague d’exécutions extrajudiciaires et d’arrestations arbitraires de militaires a majorité tutsi  ex FAB après les attaques des camps militaires de Bujumbura le 11 et 12 décembre 2015 ; dont le cas emblématique est celui du sous-Lieutenant Hermès Nduwingoma blessé lors des attaques, puis arrêté  par la police militaire  alors qu’il cherchait un lieu où se faire soigner et retrouvé exécuté parmi les jeunes  civils dans le quartier Nyakabiga qualifié de contestataire du troisième mandat du Président Burundais Pierre Nkurunziza (cfr rapport SOS-Torture Burundi N°2 :http://sostortureburundi.org/wp-content/uploads/2016/10/SOS-TORTURE-BURUNDI-RAPPORT-N%C2%B02.pdf ).

 

  • Le chef-adjoint du service national des renseignements de la province Cibitoke (nord-ouest du pays) a arrêté trois jeunes hommes dans la commune Rugombo, province Cibitoke (Nord-Ouest du pays) le 27 janvier 2017. Des témoins rapportent qu’ils ont été embarqués à bord du véhicule de service de l’officier du SNR, immatriculé D6392A.

SOS-Torture Burundi note qu’aucun mandat n’a été présenté aux concernés, ce qui constitue une arrestation arbitraire.

 

  1. Assassinats, exécutions sommaires et attaques armées répertoriés

 

  • Le corps d’un homme a été découvert sur la colline Makangara, commune Mishiha, province Cankuzo (Est du pays) le 21 janvier 2017. Il s’agit d’un homme dont le corps était dans un état de décomposition et égorgé au vu des traces dans son cou.

 

SOS-Torture Burundi note que les responsables administratifs locaux se sont à nouveau hâtés d’ordonner l’inhumation de la victime sans qu’elle soit identifiée, sans que la police n’ait fait le constat et sans qu’une expertise médicale n’ait eu lieu dans le but de connaître les circonstances de cet assassinat encore moins les auteurs de cet acte ignoble. Cette pratique, devenue une habitude de l’administration,  confirme la complicité des différents organes de l’Etat dans la répression dans le sang des opposants politiques et d’autres personnes accusées par le pouvoir de soutenir des mouvements armés.Il s’agit par ailleurs d’une culture d’impunité qui s’installe progressivement  au Burundi face aux crimes graves qui relèvent du droit international.

 

- Uneattaquearmée a visé le camp militaire de Mukoni, province Muyinga (nord du pays) dans la nuit du 23au 24 Janvier 2017. Des témoins rapportent des échanges de tirs entre un groupe armé et des militaires. L’armée a cependant nié toute attaque et évoqué un groupe de voleurs qui ont croisé des militaires en patrouille. La situation est restée confuse toute la journée, d’autant plus que l’armée et la police ont quadrillé les environs du camp. Plusieurs arrestations de militaires en activité et de civils ont suivi l’attaque (point 1 de ce rapport) dont le bilan est incertain.

Dans une précipitation inouïe, le procès des personnes arrêtées juste après l’attaque du camp Muyinga a eu lieu le 27/01/2017 au tribunal de Grande Instance de Muyinga. Selon les témoignages des personnes qui ont assisté à ce procès, les présumés auteurs étaient dans un état critique suite aux actes horribles de torture qu’ils ont subi durant les quelques jours dans les cachots de la documentation de Muyinga.

SOS Torture condamne avec sa dernière énergie le comportement des magistrats qui ont accepté de faire comparaitre ces victimes dont certaines ne pouvaient même pas se tenir débout comme le Caporal Fulgence Ndayikengurutse qui agonisait suite aux actes de tortures lui infligeaient et qui n’avait pas reçu de nourriture depuis son arrestation, c’est à dire deux jours auparavant.Cela constitue une grave violation de leurs droits que les jugent sont supposés garantir et faire respecter.

  • Trois corps de personnes assassinées ont été découverts sur la colline Rusengo, commune Muyinga, province Muyinga (nord du pays) le 25 janvier 2017. Des trois victimes, seul une d’elles a été identifiée. Il s’agit de l'Adjudant François Nkurunziza, un sousofficier chargé de l’administrationau camp Mukoni de la province Muyinga ; lequel camp a été attaqué la veille de la découverte des corps. Des témoins rapportent que l’Adjudant Nkurunziza avait été officiellement interpellé la veille par des agents des forces de sécurité. Son corps et celui des deux autres victimes non identifiées se trouvaient à moins de trois kilomètres de ce camp de Mukoni.

 

SOS-Torture Burundi craint des exécutions extrajudiciaires dans la mesure où l’une des victimes était en état d’arrestation avant son assassinat. Aussi, l’administration locale à Muyinga s’est empressée d’enterrer les victimes sans attendre l’identification des deux autres corps. Aucune enquête n’a été menée pour connaître les circonstances de la mort de ces trois personnes ; plus inquiétant encore étant que les personnes qui ont arrêté l’Adjudant Nkurunziza n’ont pas été interpellées à leur tour.

L'Adjudant François Nkurunziza, retrouvé assassiné non loin de son camp de Mukoni à Muyinga

 

Le Major Dieudonné Karashira du camp militaire de Mutukura a été tué par un autre militaire, le Caporal Ntahomvukiye, dans la province Cankuzo (Est du pays) le 25 janvier 2017. L’officier a été tué alors qu’il tentait d’arrêter le Caporal durant la nuit. L’armée burundaise a laissé entendre que le Caporal Ntahomvukiye a été appréhendé par la suite et traduit en justice. Les charges retenues contre le militaire n’ont pas été rendues publiques pour le moment ; de même que les raisons qui avaient poussé l’officier Dieudonné Karashiraà vouloir mener une arrestation la nuit.

Le Major Dieudonné Karashira, abattu par un autre militaire qu’il tentait d’appréhender

 

SOS Torture  Burundi s’inquiète fortement  de la tension qui règne entre les militaires issus de l’ancienne armée à dominance tutsi  et ceux issus de des anciens partis et mouvement politiques armées à dominance hutu.

 

Les arrestations et exécutions systématiques des militaires tutsi ex FAB  par leur collègues Hutus appuyés  par la milice  imbonerakure  risque de  détruire  l’armée burundaise  et plonger le pays  dans  une grave crise aux allures génocidaires.

 

SOS Torture/Burundi implore la Communauté de l’Afrique de l’Est, l’Union Africaine,  le  Conseil de sécurité  des Nations Unies, le sous-Secrétaire des Nations Unies en charge de la prévention du génocide de prendre des mesures urgentes  pour prévenir  ce génocide qui se dessine  lentement  mais surement au  Burundi.

 

  1. Libération de prisonniers par mesure de grâce

 

Le Ministère de la Justice a commencé à libérer plusieurs détenus concernés par une mesure de grâce présidentielle visant à alléger la population carcérale devenue explosive au Burundi. Au moins 2.500 prisonniers vont ainsi recouvrer la liberté et concerne  uniquement  les détenus déjà condamnés à une peine ne dépassant pas cinq (5) ans de servitudes.

 

Cette mesure est salutaire mais insuffisante au vu de la population carcérale qui reste très inquiétante au Burundi. A la fin du mois de décembre 2016, la population carcérale atteignait 10.051 détenus dont 5.067 prévenus et 4.869 condamnés, 108 mineurs et 73 nourrissons gardés avec leurs mèresau Burundi, pour une capacité d’accueil de 4.194 places (cfr rapport SOS-Torture Burundi N°55). Bien que la décision concerne les détenus déjà condamnés, SOS-Torture Burundi rappelle que ceux en détention préventive  constituent le plus gros des prisonniers notamment depuis le début de la crise où les arrestations arbitraires et illégales se sont multipliées. Le gouvernement doit faire plus d’efforts pour libérer ces détenus qui n’ont pas été jugés depuis plusieurs mois, voire des années et dont les procès ont  été caractérisé par plusieurs irrégularités  procédurales.

 

SOS-Torture Burundi note aussi que certains  prisonniers politiques ont bénéficié de cette libération par mesure de grâce. Il s’agit notamment de 58 militants du parti d’opposition MSD (Mouvement pour la Solidarité et la Démocratie) détenus depuis près de 3 ans suite à des échauffourées avec la police en mars 2014 à la permanence  de leur parti.Certains des manifestants qui se sont opposés au troisième mandat du Président Burundais Pierre Nkurunziza en avril et mai 2015 sont aussi concernés par la mesure. Plusieurs centaines d’autres détenus politiques de l’opposition restent cependant en détention sans que leurs dossiers avancent dans les instances judiciaires.

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NIBIRANTIZA 11/03/2017 20:39

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