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SOS-TORTURE / BURUNDI

SOS-TORTURE / BURUNDI N°39 ( Version Française )

10 Septembre 2016 , Rédigé par DDH-Burundais

Dans ce rapport de SOS-Torture/Burundi du 3 au 10 septembre 2016, la Campagne évoque les arrestations arbitraires qui ont continué dans certaines localités. Les rafles menées par la police de manière régulière se sont également poursuivies.

Au moins vingt-et-une personnes (21) ont été arrêtées au cours d’opérations menées par des agents de la police. A chaque opération, aucun mandat n’a été présenté, encore moins le motif de l’interpellation. Parmi ces victimes d’arrestations arbitraires, la Campagne SOS-Torture dénombre quatre (4) détenus politiques du parti Front pour la Libération Nationale « FNL » de l’opposition. Une centaine d’autres personnes ont été interpellées au cours de rafles de la police notamment à Musaga, bien qu’elles finissent par être relâchées après des heures de garde-à-vue illégal.

Sur les assassinats, le rapport évoque quatre (4) personnes tuées, dont deux victimes jetées dans une rivière après leur exécution.

La Campagne SOS-Torture/Burundi s’inquiète par ailleurs du transfert nocturne d’une vingtaine de détenus qui ont quitté la prison de Mpimba à Bujumbura vers deux prisons situées en provinces sans que leurs familles ou avocats soient informés.

  1. Arrestations arbitraires, enlèvements et disparitions forcées se poursuivent
  • Des agents de la police ont arrêté un jeune homme du nom de Alberic Bigirimana dans la commune Mugamba, province Bururi (sud du pays) le 3 septembre 2016. Il s’agit d’un élève de l’Institut Agricole du Burundi « ITAB » de Gisozi (située au centre du pays en province Mwaro). Aucun motif à l’arrestation n’a été donné par la police, ce qui constitue un cas d’arrestation arbitraire.
  • Des agents du service national des renseignements ont arrêté Stany Mpawenayo et Rubagaza dans la commune Vumbi, province Kirundo (nord du pays) en date du 4 septembre 2016. Aucun motif n’a été avancé lors des interpellations. Des proches indiquent que les deux hommes sont des militants du parti d’opposition Front National de Libération « FNL » dirigé par Agathon Rwasa, vice-président de l’Assemblée Nationale et sont tous deux résidents de la commune Marangara en province Ngozi (nord du pays). C’est un véhicule du Service Nationale des Renseignements « SNR » de Ngozi qui a intercepté et embarqué M. Mpawenayo .Quant à Monsieur. Rubagaza, qui est enseignant et pasteur, il a été pour sa part arrêté en pleine église devant des fidèles.

Des témoins rapportent que les deux hommes ont été tabassés à plusieurs reprises par des jeunes de la localité, identifiés comme des membres de la milice ‘Imbonerakure’ du parti au pouvoir CNDD-FDD. Ces dernies accompagnent souvent les agents de la police et du SNR lors d’opérations d’arrestations arbitraires.

Les agents du SNR ont accusé les deux hommes de détention d’armes. La Campagne SOS-Torture/Burundi a toutefois appris que lors des fouilles perquisitions opérées aux domiciles des deux hommes, aucune arme ou objet à caractère militaire n’a été trouvé par ces agents. La Campagne SOS-Torture/Burundi constate que les militants de ce parti d’opposition FNL pro-Rwasa continuent d’être la cible d’arrestations arbitraires ce qui serait certainement lié à leurs convictions politiques.

  • Des militaires ont arrêté quatre (4) jeunes hommes dans la zone Mayuyu, commune Mukike, province Bujumbura dans la soirée du 4 septembre 2016. Les jeunes hommes visés sont : Cyriaque Nitunga, Diomède Nahayo, Jean de Dieu Sindayikengera et Alexandre Bazitunga. Ils sont tous des élèves en vacances qui attendaient la rentrée scolaire.

La Campagne SOS-Torture/Burundi a appris que ces jeunes hommes ont été appréhendés illégalement à une heure du matin à leurs domiciles, sans mandat ni motif à ces arrestations. L’arrestation d’une personne vers une heure du matin est non seulement une violation du domicile aux yeux de la législation Burundaise mais aussi une atteinte à la sécurité. Ils ont été détenus au chef-lieu de la zone Mayuyu. Ils n’ont été relâchés que deux jours après (le 6 septembre 2016) ; SOS-Torture/Burundi déplore également le rançonnement forcé des élèves opéré par les mêmes militaires. Ils ont dû verser pas moins de 30.000 francs chacun pour être libéré.

  • Des agents de la police ont arrêté deux autres militants du parti d’opposition FNL pro-Agathon Rwasa dans la commune Kiremba, province Ngozi (nord du pays) le 6 septembre 2016. Les deux hommes sont Claver Nshimirimana, chef de la colline Ciri situé dans la commune Kiremba ; ainsi qu’Eugène Ndarigenderako, un enseignant de Ruhororo.

Ces arrestations seraient encore une fois liées aux convictions politiques des victimes,. . Lors de ces arrestations, l’administrateur communal de Kiremba était présent pour diriger les opérations.

  • La police a arrêté cinq personnes habitant la zone Musaga (sud de Bujumbura) le 7 septembre 2016 entre la 1ère et la 2ève avenue. Cette arrestation était consécutive à une rafle menée dans tous les ménages de ces deux avenues très tôt le matin vers 6 heures. Des témoins rapportent qu’une centaine de personnes ont été rassemblées sur le terrain d’une église de la localité pour faire le tri.

La Campagne SOS-Torture/Burundi rapporte régulièrement les rafles menées dans les quartiers dits contestataires du 3ème mandat du Président Burundais Pierre Nkurunziza, notamment la zone Musaga. Les agents de la police invoquent être à la recherche de combattants et d’armes qui se seraient dissimilés dans la population civile, mais ces agents de la police profitent du moment pour proférer des menaces et rançonner les habitants victimes de ces opérations de rafles quasi -hebdomadaire .

  • Des agents de la police ont arrêté sept (7) hommes sur la colline Nyamugari, zone Nyagasasa, commune Mugamba dans la province Bururi (sud du pays) le 7 septembre 2016. Les sept personnes se trouvaient au domicile de l’un d’eux pour partager un verre de bière locale. Les personnes arrêtées sont : Privat , Hakizimana,, Nzosaba , Jean Pierre , Kigingi , Julien et Buyoya

Aucun motif n’a été donné lors de ces arrestations, ni de mandat présenté par la police qui les a emmené au cachot du chef-lieu de la commune Mugamba. La Campagne SOS-Torture/Burundi dénonce des arrestations arbitraires. Le lendemain, des agents du service national des renseignements ont embarqué trois d’entre eux pour le cachot du SNR à Bujumbura ; les autres étant restés au cachot de Mugamba. Le SNR les accuse de participation à des groupes armés, mais aucune preuve n’a été fournie.

M. Amédée Niyorugira, une des victimes abattues à Mpanda
M. Amédée Niyorugira, une des victimes abattues à Mpanda

2. Assassinats, exécutions sommaires et attaques armées répertoriés

  • Un groupe d’individus armés ont abattus deux hommes dans la commune Mpanda, province Bubanza (Ouest de Bujumbura) dans la soirée du 4 septembre 2016. Les victimes sont Amédée Niyorugira, qui était comptable au bureau de la commune Mpanda et militant du parti CNDD-FDD, ainsi que le nommé Innocent Busoni, qui était un des leaders des jeunes de la milice ‘Imbonerakure’ du CNDD-FDD dans la commune Mpanda. Les auteurs du crime n’ont pas été appréhendés à ce jour.
Une des victimes repêchées dans la rivière Rusizi
Une des victimes repêchées dans la rivière Rusizi
  • Deux corps, un homme et une femme, ont été aperçus flottant sur la rivière Rusizi, dans le secteur Rusiga, commune Rugombo, province Cibitoke (ouest du pays) le 6 septembre 2016. Les deux victimes n’ont pas été identifiées, ni les circonstances exactes de leur décès. Seul le corps de l’homme a pu être repêché par la police, le courant ayant emporté celui de la femme avant leur intervention.

La Campagne SOS-Torture/Burundi constate que cette découverte est similaire à plusieurs autres cas d’exécutions sommaires dont les victimes ont été retrouvées dans des rivières Mubarazi dans la province Muramvya (cfr rapport SOS-Torture/Burundi N°35 : http://sostortureburundi.over-blog.com/2016/08/sos-torture-burundi-n-35.html), à la différence que les deux victimes de la Rusizi n’avaient pas les bras ligotés dans le dos.

  • Une grenade lancée dans une petite boutique a blessé grièvement un jeune homme du nom de Rashid Nanali sur la colline Nyarunazi, commune Busoni, province Kirundo (nord du pays) le 7 septembre 2016. L’auteur de l’attaque n’a pas été identifié.

3. Transfert nocturne de prisonniers

La direction des affaires pénitentiaires a décidé le transfert de vingt-cinq (25) détenus de la prison centrale de Mpimba (Bujumbura) vers les prisons de Gitega (centre du pays) et de Rumonge (sud du pays) le 5 septembre 2016. Au total, onze (11) de ces détenus sont à Gitega tandis que quatorze (14) autres sont à Rumonge.

La Campagne SOS-Torture/Burundi dénonce cependant un transfert illégal, opéré la nuit, sans besoin urgent qui ne pouvait pas empêcher que ces transferts soient effectués de jour conformément à la loi et après avoir informé leurs familles et leurs avocats. L’inquiétude est aussi liée au fait que ces détenus sont pour la plupart des militants du parti d’opposition, Mouvement pour la Solidarité et le Développement « MSD », arrêtés en mars 2014 lors d’échauffourées avec la police qui avait usé de gaz lacrymogènes et d’armes à feu pour entrer dans la permanence nationale de ce parti.

 

A La campagne SOS-Torture/Burundi a été initiée dans l’objectif d’informer l’opinion nationale et  sur les violations graves des droits de l’homme en cours au Burundi à travers des rapports de monitoring notamment sur la torture, les arrestations arbitraire, les disparitions forcées, les violences sexuelles et les exécutions sommaires. Cette initiative d’informer sur les réalités du pays a fait suite au carnage d’une centaine de personnes tuées au cours la journée du 11 décembre et celle du 12 décembre 2015 par des policiers et des militaires sous le prétexte de poursuivre des rebelles qui venaient d’attaquer des camps militaires situées à la périphérie de la capitale Les zones touchées sont dites contestataires du troisième mandat du Président Nkurunziza à savoir Musaga, Mutakura, Cibitoke, Nyakabiga, Jabe, les deux dernières étant situées au centre la Mairie de Bujumbura.

 

 

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