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SOS-TORTURE / BURUNDI

SOS-TORTURE / BURUNDI N°30

9 Juillet 2016 , Rédigé par DDH-Burundais

Dans ce rapport de SOS-Torture du 2 au 9 juillet 2016, nous évoquons le cas de torture d’un homme arrêté et détenu par la police à Mugamba. Cet homme porte encore les traces de ces tortures.

Nous revenons aussi sur les cas d’arrestations arbitraires avec le cas inquiétant d’un magistrat du Tribunal de Grande Instance de Kirundo. Cet homme de loi serait victime d’un piège à cause d’un dossier qu’il avait traité et les instances judiciaires semblent être complices en appliquant une justice expéditive en violation flagrante du droit à la défense symbole d’un procès équitable. .

Au moins trente-sept (37) personnes ont été arrêtées au cours de la semaine dans différentes localités. A ceux-là s’ajoute un nombre imprécis de personnes interpellées au cours de rafles dans le centre-ville de Bujumbura notamment des mendiants et des vendeurs ambulants.

Au moins quatre (4) personnes ont été assassinées dans différentes localités. Deux autres personnes ont été blessées par des policiers qui ont attaqué un groupe de gens dans un bar.

Le rapport confirme l’assassinat d’un officier des renseignements du nom de Savin Nahindavyi dont la disparition forcée a été évoqué précédemment dans nos rapports du mois de mai dernier, et dont l’épouse a témoigné dans le programme Humura de la radio RPA.

  1. Torture d’un jeune homme arrêté par la police

Dans notre précédent rapport (SOS-Torture Burundi N°29), nous avions évoqué l’arrestation le 25 juin 2016 d’un homme du nom d’Adolphe Niyongabo sur la colline Nyakimonyi, commune Mugamba, province Bururi (sud du pays). Cet homme avait été sérieusement torturé par les policiers affectés à la Brigade Mugamba, avant d’être embarqué par des agents du service des renseignements. La victime porte encore les traces et séquelles des sévices qu’il a subis en détention arbitraire :

M. Niyongabo montre les traces des tortures qu’il a subi

M. Niyongabo montre les traces des tortures qu’il a subi

2. Arrestations arbitraires, enlèvements et disparitions forcées se poursuivent

Un homme du nom d’Evode Niyonizigiye a été arrêté le 2 juillet 2016 à Bururi (sud du pays) sur ordre du Gouverneur de cette province Christian Nkurunziza. M. Niyonizigiye travaille comme secrétaire exécutif de l’ONG C.P.V.V. qui travaille avec l’hôpital de Bururi. Des témoins indiquent que le tort de cet homme est d’avoir refusé de donner son véhicule de travail pour servir de déplacement à des jeunes ‘Imbonerakure’ affiliés au parti au pouvoir CNDD-FDD. Le Gouverneur de Bururi a embarqué Evode Niyonizigiye vers la prison Bururi, ensuite vers le cachot de Matana (province Bururi). Les proches sont très inquiets de cette arrestation arbitraire et abusive car la loi pénale burundaise n’autorise pas un gouverneur de province d’arrêter une personne. .

Un magistrat exerçant au Tribunal de Grande Instance de Kirundo (nord du pays) a été arrêté en date du 2 juillet 2016 dans la soirée par des agents du service national des renseignements. Il s’agit d’Ildephonse Ndikumwami arrêté à son domicile. Il est accusé d’avoir propagé des tracts injuriant le Président Burundais Pierre Nkurunziza. Le magistrat a été incarcéré à la prison de Ngozi (nord du pays). Des témoins indiquent que le magistrat est victime d’un piège, les agents du SNR venus l’arrêter étaient accompagnés de jeunes ‘Imbonerakure’ affiliés au parti CNDD-FDD qui avaient ces tracts en main et l’ont accusé aussitôt. M. Ndikumwami a été inculpé pour outrage au Chef de l’Etat puis pour atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat par le parquet général près la cour d’Appel de Ngozi. Cette arrestation est très inquiétante d’autant plus que le magistrat a été tabassé lors de son interpellation par des agents officiels accompagnés de civils (Imbonerakure) non autorisés à mener des interpellations. Les tracts en question ont été retrouvés également dans d’autres localités.

Le 6 juillet 2016, le Procureur Général près la cour d’Appel de Ngozi a requis cinq ( 5 )ans de prison et une amende de 100.000 francs burundais. La Cour d’Appel de Ngozi a statué suivant la procédure de flagrance. Il s’agit d’une violation procédurale du fait qu’il n’a pas été attrapé en flagrant délit et non plus n’a pas eu droit d’avoir le temps de se choisir un conseil ce qui remet automatiquement en cause un procès équitable . . Le magistrat a déclaré devant les juges de la Cour d’Appel qu’il est victime de son travail, plus précisément que cette affaire serait sans doute liée à un dossier jugé par le Tribunal de Grande Instance de Kirundo dont il faisait partie des membres du siège.

Trois personnes ont été arrêtées en date du 8 juillet 2016 dans la commune Burambi, province Bururi (sud du pays). Il s'agit de Claudine Hakizimana, Aline Habonimana et Bernard Nduwayo. La police a mené une fouille au domicile de Mme Hakizimana et a trouvé un fusil de type kalachnikov pliante dans les champs. La police a arrêté cette femme après que son mari ait pris fuite. Des habitants du chef lieu de Burambi affirment que le lieu de sa détention n'est pas connu.

La seconde personne a été arrêtée par la police également à défaut de son mari soupçonné de participation à des groupes armés. La troisième personne arrêtée, Bernard nduwayo, est victime d'avoir chez lui une paire de bottines militaires. Des témoins indiquent que ce père de famille portait régulièrement cette bottine. Il a par ailleurs un fils qui est un militaire en fonction. Les deux dernières personnes citées sont détenues au cachot de la police à Burambi.

3. Assassinats, exécutions sommaires et attaques armées répertoriés

  • Deux personnes ont été assassinées suite à une attaque à la grenade à Mparambo II, commune Rugombo, province Cibitoke (ouest du pays) dans la soirée du 2 juillet 2016. Les victimes sont un couple : Jean Ribakare et son épouse Estelle Miburo ciblés alors qu’ils étaient dans leur chambre. Les enfants ont survécu à l’attaque.
  • Un jeune homme a été assassiné et son corps jeté dans la zone Buterere (nord de bujumbura) le 4 juillet 2016. Le corps de cet homme a été retrouvé le lendemain matin. Des témoins indiquent que la victime a été tuée par strangulation à l’aide de cordes. Nous ne sommes pas encore parvenus à connaître l’identité de la victime.
  • Un responsable éducatif a été abattu dans la soirée du 8 juillet 2016 dans la commune Rutovu, province Bururi (sud du pays). La victime est le Frère Sylvère Nimirijimana, directeur du lycée Rutovu. Il a été abattu par balles devant l’entrée du couvent où il loge, après une réception de fin des examens scolaires.
  • Des agents de la police ont blessé grièvement deux personnes dans la soirée du 8 juillet 2016 sur la colline Coma, zone Muramba, commune Mugamba à Bururi (sud du pays). Des témoins rapportent que les victimes se trouvaient dans un bar de la localité. Les policiers sont entrés et ont tiré en direction d’un groupe de gens qui partageaient un verre. Les agents de la police étaient accompagnés d’un homme qui se faisait passer pour leur ‘informateur’. La commune Mugamba est régulièrement ciblée par les agents de la police et du service des renseignements car elle est considérée comme contestataire du fait que les habitants ont manifesté contre le 3ème mandat du Président Burundais en avril et mai 2015.
M. Nahindavyi, exécuté après un mois de détention illégale au SNR
M. Nahindavyi, exécuté après un mois de détention illégale au SNR

4. Le cas de l’Officier des renseignements Savin Nahindavyi

Dans notre rapport SOS-Torture Burundi N°21, nous avions évoqué la disparition forcée de M. Savin Nahindavyi, un officier du service national des renseignements en date du 2 mai 2016. La famille et les proches avaient soupçonné à l’époque que des collègues de M. Nahindavyi l’avaient arrêté et caché.

L’épouse de la victime a confirmé ses craintes dans le magazine Humura de la radio RPA. Elle affirmait que son mari a été détenu durant un mois et torturé tout le long de sa détention par des agents des renseignements, collègues de la victime. M. Nahindavyi a par la suite été exécuté le 31 mai et enterré à Ruziba le lendemain selon sa veuve. Le tort de son mari était d’habiter dans un quartier dit contestataire du 3ème mandat du Président Burundais NKurunziza. Son épouse a révélé que son mari avait reçu des menaces précises de ses supérieurs qui l’accusaient de ne pas collaborer pour combattre les ‘insurgés’.

Ce témoignage accablant démontre à nouveau les pratiques cruelles et inhumaines d’un service de sécurité dépendant directement du Président de la République Pierre Nkurunziza. Cette disparition forcée ainsi que l’exécution sommaire n’ont jamais fait objet d’enquêtes de la part de la police et du Parquet, preuve que les instances judiciaires sont complices des assassinats commis par des agents des services de sécurité de l’Etat.

Les quatre hommes condamnés par le TGI de Bururi, lors de leur arrestation le 29 juin
Les quatre hommes condamnés par le TGI de Bururi, lors de leur arrestation le 29 juin

5. Quatre hommes condamnés pour participation à des groupes armés

Quatre hommes arrêtés en date du 29 juin 2016 (cfr rapport SOS-Torture Burundi N°29) après une attaque armée sur la colline Mubuga, zone Gasanda, commune et province Bururi (sud du pays) ont été condamnés à perpétuité par le Tribunal de Grande Instance de Bururi le 6 juillet 2016. Il s’agit de Léopold Niyongabo, Adelin Bizimana, Elie Nshimirimana et Dieudonné Bigirimana.

Des témoins rapportent qu’il y aurait un cinquième homme arrêté par les agents des forces de l’ordre après l’attaque du 29 juin mais son identité ni son sort ne sont pas connus.

6. Des élèves accusés de gribouillage de photo relâchés

Cinq élèves du Lycée communal de Gihanga ont été relâchés le 7 juillet 2016 sur décision du parquet de la province Bubanza. Ces élèves avaient été arrêtés et incarcérés pour gribouillage de la photo du Président Burundais contenue dans les manuels scolaires.

Cependant, il reste encore plusieurs élèves en prison pour les mêmes motifs : 4 élèves sont en détention à Muyinga (nord du pays) mais étudient à Cankuzo, 6 autres élèves sont en prison à Rumonge (sud du pays), 7 sont emprisonnés à Muramvya (centre du pays).

 

A La campagne SOS-Torture/Burundi a été initiée dans l’objectif d’informer l’opinion nationale et  sur les violations graves des droits de l’homme en cours au Burundi à travers des rapports de monitoring notamment sur la torture, les arrestations arbitraire, les disparitions forcées, les violences sexuelles et les exécutions sommaires. Cette initiative d’informer sur les réalités du pays a fait suite au carnage d’une centaine de personnes tuées au cours la journée du 11 décembre et celle du 12 décembre 2015 par des policiers et des militaires sous le prétexte de poursuivre des rebelles qui venaient d’attaquer des camps militaires situées à la périphérie de la capitale Les zones touchées sont dites contestataires du troisième mandat du Président Nkurunziza à savoir Musaga, Mutakura, Cibitoke, Nyakabiga, Jabe, les deux dernières étant situées au centre la Mairie de Bujumbura.

 

 

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